Autrefois, les actes de la vie quotidienne étaient dirigés par les présages. Il y avait des jours favorables et d’autres non, selon les signes qui étaient interprétés par les augures. J’aime imposer à celui qui partage ma vie une nouvelle sorte de calendrier, calqué sur ma liturgie intime. Je me fais la prêtresse de mon propre corps : par le toucher, par l’odeur, par la vue, par le goût de ces secrétions qui s’échappent de moi, je suis capable de dire précisément dans quel cadran de l’horloge reproductive je me trouve. Un goût acide, des pertes peu abondantes, je suis en début ou fin de cycle. Un petit spasme dans le bas du ventre me fait dire que l’aiguille va atteindre le mi-chemin ou, au contraire, remettre les compteurs à zéro. Un long filet d’une glaire translucide, collante comme un paquet de gelée, et je sais que mon corps me supplie de trouver un partenaire. Je sens ma chatte qui s’ouvre, mon goût qui change, mes tétons qui durcissent. Depuis l’année dernière je sens chaque cycle comme un manque criant ; mon corps s’affole, s’inquiète. Ma chatte devient comme une éponge avide et insatiable qui aspire la moindre goutte de sperme. Et mon utérus ne comprend décidément pas pourquoi mon ventre reste désespérément vide alors qu’il est dans sa période la plus propice, que mes hormones bouillonnent et qu’un charmant mâle dort avec moi presque chaque soir.

La peau du front plus grasse, l’acidité revenant, quelques spasmes discrets m’indiquent mon ventre se prépare à muer. Une goutte de sang dans les sécrétions, c’est les règles assurées dans les quarante-huit heures, quatorze jours tapantes après la glaire cervicale. Je ne comprends décidément pas les filles qui ne savent pas prévoir leur ovulation. C’est si clair chez moi. Plus clair, il faudrait une pancarte. Ou un tatouage sur le front.

Il est là, fermement décidé à prendre sa place. Spectateur muet, sur la touche en attendant le signe du capitaine, Yann assiste, incrédule, au tic-tac de mon horloge sexuelle. Au jour le jour, chaque matin, plutôt que de lire l’horoscope en arrivant au boulot, il lui suffit de lire les prévisions de sa petite chatte. Je sais qu’il remue lorsque je lui annonce une bonne nouvelle, et autant dire qu’il me devance bientôt, tant il est scrupuleux du calendrier. Mon chéri, mon homme, mon reproducteur, toujours fièrement dressé à la barre. Je saisis tout le paquet, le regarde dans les yeux et lui souffle, les couilles bien ancrées dans ma paume : « Elle est à moi ». « C’est ta queue, je ne la touche plus », répond l’écho. Et vrai de vrai, depuis cinq mois, il ne s’est pas masturbé si ce n’est sous mes ordres, lors de ses déplacements (et encore, ça se compte sur les doigts de la main). Pour le reste, quelques caresses, quelques léchouilles dans le cou et je peux lui tendre la croupe en le sommant de me faire jouir. Une fois, deux fois. Plus si nécessaire. Mais je deviens fainéante, après le boulot. La semaine, nous sommes si fatigués. C’est parfois presque un miracle d’arriver à jouir plusieurs fois d’affilée. J’avoue que c’est parfois loin d’être parfait. Je me satisfais d’un orgasme rapide. En grand seigneur, je lui autorise à m’inonder la chatte en même temps. J’aime trop sentir son sperme chaud me remplir, l’entendre monter me fait monter, et inversement. Il se retire en tremblant et se laisse tomber sur le flanc comme un animal blessé. Je l’ai vampirisé, je lui ai aspiré toute la moelle de son être. Il paraît vulnérable, les arrêtes de ses muscles, de ses tendons, toute sa peau tendue de grand maigre se relâche. Je lui prends le gland et le nettoie d’un peu d’eau froide. Moi-même, pour ne rien gâcher. S’il reste une goutte égarée, elle ne doit pas se perdre. Je la balaye d’un coup de langue rapide.

Il me baise sur le front tandis que ses mains fines m’étreignent la taille, juste au niveau d’un petit bourrelet de gras. Ma chatte, après tant de pitance, pousse un soupir de contentement. Elle a encore l’écume aux lèvres.

« — Tu peux être fier de toi, je vais encore dégouliner toute la journée au boulot.

Tu penseras à moi quand tu écarteras les jambes, sur ta chaise ? Ma petite femme, en tailleur, la culotte pleine de sperme. »

Il m’embrasse, il me cajole, je baise son torse aux poils raides et noirs. Je passerai des heures à lustrer dans le sens du poil ces poils-là, mes préférés d’entre tous, avec le fin trait du nombril et les poils plus courts des cuisses. Quelle bête, putain. C’est bien ma veine d’avoir une si belle bête pour moi toute seule.

« — Elle est si bonne ta chatte. Une belle chatte de femme, bien charnue. Je l’adore, je suis si bien dedans.

Je dégouline déjà. Tu te rends compte, tu aurais pu me féconder. »

Il m’embrasse à nouveau les tempes, plus doucement. Il prend dans sa paume mes mains aux doigts fins et égrène mes phalanges tandis que je caresse les poils de ses mollets avec mes pieds blancs et vernis.

« — On ferait un mannequin des pieds et des mains, c’est sûr.

Sûr, au moins, si ce n’est pas plus. » Renchéris-je.

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