Cela fait longtemps que je me dis que je dois vous tenir informés de la situation. Ce couple qui vous avait fait tant rêver, Cléo et Mulot, c’est fini. Je pense que dans un souci d’explicitation qui vous importe, l’essentiel de ce blog étant justement de présenter les problèmes de la domination au quotidien, au cœur de la vie, avec ses hauts mais aussi ses bas, je me dois de vous fournir quelques mots qui saisiront l’essentiel de cette décision sans entrer dans le voyeurisme.

Cela fait longtemps que je me pose des questions. Malgré le même élan BDSM qui nous réunissait et la profonde complicité que je ressentais à son égard, Mulot n’arrivait pas à m’apporter ce dont j’avais besoin dans une perspective vanille (j’en parle ). Nos passions, valeurs, souhaits d’avenirs et croyances politiques divergeaient, tant et si bien qu’il était difficile de s’y retrouver et de passer des moments hors BDSM. J’avais profondément besoin de quelqu’un qui puisse me parler théâtre, livres, philosophie sans jamais demander cependant une thèse sur l’idéalisme dans les systèmes philosophiques du XIXe. Que cela soit bien clair : Mulot est loin d’être stupide ou inintéressant, mais nos intérêts culturels divergent. L’élection présidentielle a cristallisé les tensions : aux extrêmes opposés, ce n’était pas seulement deux votes mais deux conceptions de sociétés, deux systèmes de valeurs inconciliables qui se faisaient face.

L’autre versant problématique de notre relation consistait en notre schéma de couple idéal. Mulot, tout de suite après notre rencontre, m’a dit qu’il n’adhérait pas au polyamour. Malgré mes efforts il n’a jamais voulu ou pu, sans doute, comprendre ma manière de penser. Il a toujours nié au fond que je fréquenterai d’autres personnes. Il a toujours voulu me persuader que je n’aurai envie que de lui et qu’il me suffirait. Qu’un jour je mûrirai assez pour accepter de ne rester qu’avec lui, voire que je voudrais me marier et fonder une famille. Ce jour, s’il peut encore arriver, n’est cependant pas arrivé durant notre année de relation.

Il m’avait déjà quittée après une brève aventure, dont le récit est ici. Il m’a fait beaucoup de crises de jalousie. Des soirées de larmes et de cris à essayer de lui faire comprendre ou de le rassurer. Je lui suis reconnaissante pour ce que j’ai vécu. J’avais vraiment besoin de rencontrer un jeune homme qui vive la soumission dans ses tripes et qui a été présent même dans les pires moments, qui m’a aimé, même si je crois qu’il aimait un peu plus l’image qu’il a crée de moi et qui se confondait avec ses rêves.

Ne croyez pas que je l’ai chassé. Mulot avait sa place méritée auprès de moi, mais il a préféré la laisser. Puisque son rêve est de se marier et de faire des enfants à une femme qui se consacrerait à lui, le constat que nous n’avions pas d’avenir était unanime. Il ne veut pas intégrer la cellule familiale que je souhaite créer. Je ne sais trop qu’écrire car je suis encore pleine d’amertume. Il est frustrant d’être quittée pour quelque chose qu’il a toujours su, fondamentalement, et qui posait déjà problème dès les premières semaines mais qu’il a préféré occulter jusqu’à ne plus pouvoir (c’est-à-dire passer d’un fonctionnement à deux à un fonctionnement à trois). Je ressens un peu de colère, beaucoup de frustration sans doute d’avoir investi autant de temps et d’énergie à essayer de le faire accepter l’inévitable. À le brusquer, aussi, pour qu’il prenne sa décision, car je ne souhaitais pas la prendre à sa place. La douleur que je ressens à voir quelqu’un avec qui j’ai tant vécu au cours de ces derniers mois partir est difficile, quelqu’un que j’avais appris à apprécier pour ce qu’il était, quelqu’un d’imparfait mais de vrai, sans masque, contrairement aux cohortes de faux-jetons qui m’écrivent ou m’abordent. Il m’apportait un certain réconfort et je prenais un plaisir simple à sa compagnie.

Je sais qu’il vous manquera car il avait su se faire apprécier de mes fidèles lecteurs. C’est de ses erreurs qu’on apprend et j’ai eu la chance de pousser jusqu’aux bouts certains désirs avec un partenaire très raccord au niveau de mes fantasmes. Je ne regrette pas car, avec cette expérience, je sais que le BDSM est un versant obligatoire de ma vie (même si pas le seul et qu’à lui seul il ne peut suffire à me nourrir l’âme). Je sais également, au fur et à mesure de mes brèves aventures vanilles, que cette sexualité ne me convient guère mieux. Je me suis finalement cherchée et trouvée un peu plus durant un an, alors que je m’ouvrais à peine à partir d’une relation très traditionnelle et que je supportais encore, sur mes épaules, la chape de plomb de deux ans de culpabilisation. Ma fréquentation du milieu BDSM, des munches et des polyamoureux me rappelle chaque jour que d’autres personnes, même si moins accessibles, partagent mes idéaux et valeurs

Et ne soyez pas trop tristes pour moi. On dit souvent qu’un train peut en cacher un autre. La maxime reste vraie pour les garces.

7 thoughts on “Cléo et Mulot, c’est fini”

  1. Bonjour Mademoiselle Cléo,
    Même dans ces moments intimes, Vous faites encore une fois preuve de recul, Votre analyse est toujours pertinente.
    Même si il était (peut être?) voué à l’échec dès les 1ers jours, bravo pour ces moments vécus ensemble, qui vous ont construit l’un et l’autre. Des moments dont beaucoup rêvent, ou fantasment, mais que vous, vous avez vécus!
    Au plaisir de continuer à Vous lire,

  2. C’est de ses échecs que l’on apprends le mieux, cela à même donner le non d’un célèbre jeu du même non : les échecs 🙂
    En positivant on peut appeler aussi ça : expérience

  3. Vous êtes exigeante et intransigeante. C’est ce qui vous perdra ou vous portera, avec un peu de chance et beaucoup de persévérance, au comble du bonheur (évidemment je vous souhaite la deuxième option).

    « passer d’un fonctionnement à deux à un fonctionnement à trois »
    Seulement trois ? Moi qui vous imagine aisément diriger d’une main de fer un harem de soumis entièrement dévoué à votre service, voilà un projet bien timoré, mais certes Rome ne s’est pas faite en un jour, et je ne désespère pas de vous voir un jour Maîtresse de votre propre phalanstère gynarchique.

    1. Avoir un troupeau bêlant prêt à se vider les couilles une fois par semaine est certes aisé mais ne m’intéresse pas (en plus d’être horriblement énergivore). Je préfère des relations vraies et développées et c’est pour ça qu’une poignée de fidèles devant l’autel a ma préférence. J’ai toujours aimé les cultes à mystères. Exigeante, peut-être (mais on parle de partager sa vie avec quelqu’un, pas de se mettre en couple pour faire comme tout le monde). Intransigeante, venant de quelqu’un qui voit tout ça depuis le prisme déformant du peu d’informations que je veux bien communiquer, me semble un tantinet présomptueux.

  4. Cela fait très longtemps que je vous suis Madame Cléomène sur votre blog, et vos histoire m’ont toujours marqués. Je ne sais pas vraiment quoi vous dire ni comment vous le dire, mais cette rupture me rend aussi un peu triste, mais j’espère de tout coeur que vous réussirez à construire votre cheptel.

  5. Merci à vous deux d’avoir partagé avec nous, en toute sincérité, certains de vos moments privilégiés. Je vous souhaite de rapidement rencontrer du bonheur sur vos chemins qui se séparent.

  6. Fichtre, la vie est souvent compliquée. Je me suis montré naïf en pensant que cela aurait duré encore.
    La saison des cafés en terrasse au soleil est revenue. 😉

Répondre à Cléomène Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *