Il ne faut pas grand chose pour embraser une femme. Des yeux bordés d’une lubricité humide, qui vous toisent, à travers vos vêtements. Un petit claquement de langue envieux, sur le palais. Un râle. Des paupières qui frissonnent. Une perle de mouille qui vient lustrer le gland bourgeonnant. Une main caressant les fesses alors qu’on se penche sur la rambarde du musée. Un doigt inquisiteur, à travers le manteau, au théâtre. Un pied qui s’appuie de tout son poids sur la braguette, dans une cabine. Une queue qui vient se ficher au coin des fesses.

Mais ce sont les mots qui arrivent, encore plus que les actes, à me faire partir. Ils raisonnent à mes oreilles comme les préliminaires les plus onctueux. J’ai envie de toi. Tu me rends fou. Je durcis pour toi. Ton corps, ta petite chatte, ton cul sont si beaux. J’adore l’odeur de ta petite chatte. Le désir physique qui va de pair avec le désir psychologique. Je suis à toi. Tu peux faire de moi ce que tu veux. À toi. Prends moi. Je t’obéis.

Mon amour, mes trous t’appartiennent, autant que ta queue m’appartient. J’y fourre l’ongle si je veux. Je te prends durement les couilles jusqu’à te faire feuler si je veux. Tu ne me résistes pas. « Prends, prends autant que tu veux, elles sont tiennes ». Miennes. Jusqu’à la bouche, je souhaite te posséder. Quand tu me laisses te filer, avec délectation, un coup de genou, quand je fourre mes doigts dans ta gorge, quand je caresse le lustré de tes cheveux, j’affirme à chaque fois ma possession. Ton corps longiligne retient toute mon attention.

Je parcours tes creux et tes concavités de mes baisers. Je hume le parfum de tes aisselles ou celui, à peine musqué, de ta toison pubienne. J’embrasse ton torse parsemé de poils sombres, tes jambes joliment dessinées. Tes pieds si réguliers et délicats pour ceux d’un homme. Même eux, je les embrasse.

Pour la première fois je devine l’abandon mutuel. Je sais que je peux m’abandonner au plaisir sans que tu tentes de prendre le pouvoir. Ni pute ni maîtresse, nous sommes deux complices en quête de découverte. Des Bonnie and Clyde de la perversion. J’aime ton assurance respectueuse : tu as l’autorité discrète, le caractère affirmé mais doux, le vice simple et joyeux. Tu ne seras jamais une lavette, peut-être jamais un véritable soumis au quotidien, mais je l’espère, un formidable compagnon de jeu. Tu ne sembles pas ressentir de honte ou subir le jugement d’autrui, même si tu ne cautionnes pas l’extravagance superflue. Mon seul regret sera celui de ne pouvoir explorer ta petite rondelle.

Ce qui te rapprocherait le plus du soumis, tel que je l’envisage, et c’est ce qui fait de toi un homme remarquable : c’est le profond respect que tu voues aux femmes. Tu as des côtés esthètes, mais jamais je ne me suis sentie restreinte à un physique ou à un rôle. Dès les premiers mots, tu as cherché à mettre de côtés les statuts. Tu n’étais plus le soumis, je n’étais plus la Maîtresse, mais tu étais Yann et moi Jeanne. Tu es d’ailleurs resté bon public. La courbe d’un sein, pourtant tombant, grâce à l’anneau étincelant, suffit à te redonner la même vigueur. Tes caresses ne sont pas moins appliquées, tes baisers pas moins pressants. Je me rappelle comment, en rentrant de déplacement, sur le pas de ma porte, tes yeux ont brillé. Comment tu m’as couvert le cou de baisers furieux jusqu’à me faire mal. Tant de brusqueries, d’empressement, de désir inachevé dans tes gestes. Les « Tu m’as manqué », avec la voix qui vrille en fin de phrase, et m’arrachent un frisson ému.

Mes trous, tu as appris à les dompter. Ma petite chatte capricieuse, d’abord, qui ne t’accorde aucune trêve. Mon petit cul ambré que sans préparation tu peux remplir à loisir. « Oh mon Dieu, tu as deux chattes », souffles-tu. Combien de fois t’ai-je fait le coup, en m’asseyant sur toi, du « Devine quel trou » ? Tu ne réussis pas à chaque coup. Tes résultats sont plutôt décevants, aux devinettes. Ma bouche que tu adores sonder de ta langue, à la recherche des mollards tièdes que je garde pour toi. Mes trous, je te les dédies maintenant avec une totale confiance. Tu jouis même d’en posséder l’exclusivité, depuis quelques mois. J’ai perdu l’envie d’un autre. J’aime l’idée qu’ils puissent t’être réservé tandis que d’autres lapent tes restes et doivent se contenter de me fourrer leur langue et leur nez, jusqu’à plus soif.

Tu es un être hybride. Monsieur, dans mon cœur, mon égal, sans aucun doute ; mais je me plais à te considérer comme mon subordonné dans mes expériences érotiques. Mon estimé Watson, toujours là pour me bourrer la pipe. Tu aimes te sentir possédé, dépossédé de tes organes génitaux. Je suis une despote. Inlassablement tu dois me faire jouir. Et en cadeau, je te fais don de tous mes fluides, de toute ma féminité, dans ce qu’elle a de brute. Je m’offre sans retenue. Je te confie mes pires fantasmes. Nos jeux verbaux rendent burlesques le quotidien. Les humiliations, la perversion de ces gens que nous fréquentons tous les jours, l’air de rien, servent de moteur érotique à nos amours.

Ma chatte dégoulinante, aux humeurs entêtantes, plus ou moins acides selon la période, t’es acquise. Je prends un malin plaisir à te livrer, au jour le jour, son actualité. Reliés bibliquement, nos fluides assurent la jonction entre nos deux corps, au moins en pensée, tant que dure l’éloignement. Tu deviens fou, ailleurs en France, quand je t’écris « J’ai une bonne nouvelle, devine ! » et que tu sais, en rentrant, que j’aurai mouillé tout mes draps de sang. Pas besoin de préliminaires pour rentrer dans ma petite chatte dégoulinante. Le sang séché sur les cuisses, les poils amalgamés par le rouge, le fluide chaud qui jaillira sur ton bas ventre, des tétons jusqu’aux cuisses, te fait devenir une bête. J’arrête mes anticoagulants, juste pour toi. Je rêve de marcher et d’inonder le sol. Je sonde le plaisir que j’aurai à te voir laper les gouttes qui tombent sur le dessus de mes pieds, à te voir frotter le sol et nettoyer les canapés. Te regarder d’en-haut, la petite culotte en coton blanche salie d’une grosse tâche rouge, plus sombre en son centre et claire à son extrémité. Te presser les lèvres contre l’étoffe pleine de sang. Le plaisir de la confidence, aussi, quand au travail j’écarte les cuisses et que les relents de nos fluides mélangés viennent m’indisposer. Mon chef sent-il, lorsqu’il se penche au-dessus de mon écran ? Imagine-t-il la manière voluptueuse dont tu me baises quand, à la cantine, je fais tomber sans pudeur mon foulard qui dévoile à tout le service mon cou violet de tes morsures. Je souris de toutes mes dents au petit responsable du service voisin, en l’imaginant le paquet bien dur, à vouloir une femme qu’il sait prise par d’autres, voire par de nombreux autres. Nos rêveries débridées, à imaginer mon petit tailleur maculé de sang, gouttant sur la moquette d’un open space, à sourire à chacun, comme si de rien n’était, nous plongent dans des états seconds. À asseoir ma grosse croupe moite sur le bord de ton bureau pour le tamponner d’un peu de mon sang. Les menstrues, tout particulièrement, te rendent fou, peut-être davantage que le reste. J’ai hâte de te pisser à la gueule. De pouvoir me lâcher sur toi. Que les notions d’intimité, de sale et de limites me deviennent étrangères.

Mais dans le fond, c’est tout ce corps, exubérant de largesses, qui te rend fou : ces rondeurs musculeuses, cette croupe démesurément profonde, au cul insondable, cette chatte poilue, à la mouille abondante, cet océan de sang menstruel, ces seins lourds et tombants, cette bouche qui te partage son excédent de salive au moindre désir.

Je te garde mes sécrétions les plus collantes, attestant de ma fertilité. Il est devenu normal que je brandisse sous ton nez ma glaire cervicale fraîche et collante que je viens de trouver à l’extérieur de moi. Tu sais que tu pourrais me féconder, et ça nous rend fou tout deux, quand je te le glisse à l’oreille. En levrette, je te découvre d’un coup mes deux trous : tu ne sais lequel choisir. Il faut que je te prenne dans ma main et te dirige vers ma préférence pour qu’aussitôt tu t’exécutes avec brio. Puis te laver moi-même, amoureusement, couvant mon précieux objet. Récolter sur ton gland anesthésié un baiser de mes douces lèvres avant de te remettre dans ta cage.

Enfin faire tinter la clef, à mon cou. « La clef de ma queue », espéré-je un jour souffler à des inconnus, du ton le plus naturel du monde. Rien de tout cela ne coulait de soi, et pourtant…

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