Je crois que c’était la seconde fois qu’on se voyait. La première, il m’avait rejointe au munch, un peu effrayé par la nouveauté d’un lieu dédié à la déviance à laquelle il pense tant depuis des années sans avoir osé franchir le pas. Il est timide mais parle beaucoup, avec une relative aisance. Le ton va bon train lorsqu’Agathe sort livide du travail et nous rejoint à notre table. Les questions s’enchaînent. Puis on se sépare et nous convenons tous les trois qu’il s’agissait d’une chouette soirée, à refaire. C’est donc à notre second rendez-vous que pour la première fois que je me retrouvais seule entièrement avec lui. Je n’arrive pas à déterminer si je lui plais franchement. Il fait la prude, ouvre de grands yeux ronds lorsque je lui explique de but en blanc mes fantasmes. Je n’hésite pas à ponctuer mes phrases de formulations imagées telles que « il bandait comme un porc ». Forcément, ça surprend, mais apparemment ça ne déplaît pas. Je vois une étincelle de lubricité et de convoitise s’allumer dans ses pupilles, ça m’encourage à bomber davantage le torse et à arrondir les lèvres (François, à raison, m’appelle sa succube, vile tentatrice du genre humain). Ça doit être la proximité de ce brun mal rasé à l’allure faussement pudique qui m’échauffe. Le petit cuir sur les épaules, les bottes, l’air un peu perdu, un peu stoïque, un peu faussement désinvolte. J’aime voir la carcasse qui se fissure, ça me donne des envies de transgression. La soirée passe agréablement en cette nuit plutôt douce de canicule mais en l’absence de signes évidents, je préfère attendre que la nuit porte conseil. En espérant que mes paroles lui retournent assez les tripes pour me l’offrir sur un plateau, mûr à point, la prochaine fois.

Il faut dire que je ne fais pas dans la dentelle les jours qui suivent. Je lui avoue franchement mon attirance. Il me plairait de l’initier au vice. Je ne suis pas du genre à tourner autour du pot : ce que femme veut, femme l’obtient (généralement). Il répond d’abord timidement (mais jamais par la négative) avant, bien vite, de poser des questions franchement indiscrètes. Va, le poisson a bien gobé l’hameçon, ça s’agite, et pas que dans le gosier. Nouvelle soirée de promenade. Les effluves de la Seine et le pavé brûlant n’aident pas à calmer notre lubricité. Assis à côté de moi, les pieds dans l’eau, il fait mine de me parler en toute amitié. Quel grand dadais. Je l’enserre puissamment à la hanche et l’appuie contre moi, contre ma poitrine ronde et transpirante. Le voilà qui baise la naissance de mon aisselle tandis que ma bouche se referme dans sa nuque. Je le sens frissonner contre moi, de soulagement comme d’excitation sans doute. Voilà qui est plus clair.

Il minaude, il feinte, il bronche l’air de rien alors que je sonde ses fantasmes les plus intimes. Mais c’est trop tard. Il bande en public, discrètement, à l’ombre d’un muret. Il me presse contre lui et m’embrasse. Je passe deux doigts sous son T-shirt et lui pince les tétons, ce qui le fait crisser des dents. Il a très peur de venir chez moi, mais je sens tout son sang qui afflue, tout son corps et son âme qui palpitent. À quoi bon résister ? Il est déjà trop tard. Il viendra.

2 thoughts on “Fabien : portrait d’une initiation [part. 1]”

  1. Toujours ce style percutant, précis, court, intense. La sensualité des moments, l’enjeu, la tension dans l’air : tout transparait si précisément qu’on a l’impression d’y être. Mais malheureusement on n’y est pas 🙂 Alors, on essaie de ne pas lire trop vite, pour ne pas arriver en bas de page trop tôt. Un excellent teaser qui fait languir de lire les parties suivantes. Merci encore !

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