Il n’est pas dans mon habitude de critiquer ouvertement. J’ose espérer que je ne pleure pas sur mon sort. D’ailleurs j’ai conscience que je ne m’en sors pas trop mal puisque j’ai la chance d’avoir un soumis rien qu’à moi, qu’en un an avec lui j’ai pu tellement progresser. Je n’ai pas non plus envie d’être trop virulente, parce que la virulence, si elle peut faire prendre conscience peut aussi vite devenir de la méchanceté gratuite ou de la cruauté. Et je sais qu’en touchant un sujet sensible, (et ça l’est chez moi, vous allez comprendre), on peut vite perdre les pédales.

J’ai parlé avec un homme ce soir, dans l’optique d’un plan à trois. Il était intéressé par une relation plus construite, disait-il, et n’était en rien dérangé par la présence de Mulot. D’habitude personne ne me dit ça, c’est bien pour ça que j’ai flairé l’embrouille. Et si on s’appelait ? Non pas ce soir. Et voilà, trop simple, bingo, une copine dans le placard. Bon il ne nie pas, c’est déjà ça, mais il veut du sérieux et évidemment je ne serai pas reléguée au fond du placard. Non, vraiment, avec une femme qui ne sait rien et n’a rien à savoir ? La blague.

On touche donc un sujet sensible chez moi. La notion de tromperie en tant que telle me dérange assez peu (je ne vois pas le problème de jouir de son propre corps et de l’offrir à ceux qui nous font envie), c’est surtout le mensonge, le manque de transparence et le peu de connaissance des besoins sexuels réels de son partenaire que j’abhorre. Et je constate tous les jours que de nombreuses personnes restent avec des gens qui ignorent tout de leurs fantasmes. Tant de femmes qui ignorent leurs copains soumis, ça me désespère. C’est une situation à laquelle je fais face chaque semaine. Puisque je navigue pas mal sur les sites fétichistes, je me sens noyée par la misère sexuelle d’autrui. Et c’est toujours la même rengaine : j’ai une copine qui ne sait pas. Et ça veut manger ma merde à tour de bras. Tellement que je me dis désormais que la plupart des gens ont des fantasmes inavouables, et qu’entre ceux qui les refoulent ou qui les gardent honteusement dans leur tête toute leur vie, rares sont ceux qui oseront au moins essayer de les vivre. Mais parmi ceux-là, l’option retenue est d’abord de les vivre clandestinement, dans le mensonge.

C’est ma grande question, ma grande haine : comment arriver à vivre avec quelqu’un sans être soi-même, quel intérêt ? Je ne parle pas des couples où ça a été dit, où c’est transparent et où les deux n’ont pas les mêmes fantasmes. C’est une situation qui arrive, j’y ai d’ailleurs été confrontée un jour et je reste encore étonnée de la manière dont Mulot a évolué et comment j’arrive à lui transmettre mon excitation et vice versa. Nous avons désormais exactement les mêmes fantasmes, hormis le latex qui m’intéresse et lui pas plus que ça et la féminisation. Il est curieux de tout ça mais n’a pas l’attirance véritable du fétichiste qui pourrait me faire décoller. Mais bon ça reste très résiduel. Après tout chacun ses priorités, ses choix, et son équilibre dans le couple. Je peux comprendre qu’on soit parfois attaché à quelqu’un et que le sexe ne soit pas la priorité, d’ailleurs c’est pour ça aussi que j’aime le polyamour : profiter de chaque relation pour ce qu’elle a de bon, sans autre pression.

Mais il y a toujours dans ces schemae la fille bien et l’autre. En tout cas celle qui vaut le coup pour qu’on reste avec et qu’on se serre la bride. Et l’autre, en l’occurrence moi. Celle avec qui on s’éclate. Mais surtout n’ayons pas les couilles de nous affirmer et d’ouvrir notre grande gueule, sauf quand il s’agit d’essayer de trouver une bonne pigeonne à côté. Là vaut mieux avoir une grande gueule. Désolée mais ça me met hors de moi.

J’ai bougé mon cul. Ca n’a pas été simple. Ca m’a tellement coûté, de quitter le premier amour sincère de ma vie pour pouvoir vivre mes aspirations sexuelles profondes.

J’avais un presque-fiancé que j’aimais et qui m’aimait. Dans cinq ans on était mariés, dans sept on pouvait avoir la maison et les gamins. Bon, en soi ça ne me faisait pas plus rêver ; j’avais mon avenir tout tracé, avec un bon parti et quelqu’un qui me comprenait intellectuellement. C’était si rassurant, le soir, de l’avoir, de savoir qu’en cas de coup dur, quelqu’un serait là pour moi. Je n’ai jamais senti un tel sentiment de cohésion, d’équipe. C’est ce qu’il était, un bon partenaire de vie. Pas un soumis. Il refusait le polyamour, il me culpabilisait. Mais j’ai choisi. J’ai choisi de vivre mes rêves, aussi fous soient-ils. En rencontrant d’autres personne, ce qui apparaissait fou et déshonorant dans sa bouche est devenu un potentiel et je l’espère, bientôt, un éventuel. Désormais je suis avec quelqu’un d’autre. En un an, nous avons fait tant de choses : des soirées SM, des plans à trois, des piercings aux tétons, du cuckold, de l’humiliation extrême. Tout n’est pas rose mais je touche du doigt une sexualité BDSM qui influe sur le quotidien (ce qui serait sans doute l’horreur pour beaucoup de mes lecteurs mais un réel besoin pour moi). Tout ça en ayant des relations vanilles quand je le veux et surtout de la tendresse, des câlins, des baisers.

Il n’y a pas un jour où je ne repense pas au garçon que j’ai quitté et qui a renié le BDSM pour une fille bien comme il faut, bien vanille et passive au lit (désolée, c’est toujours trop douloureux). C’est un peu ma croisade personnelle et je me sens toujours crucifiée quand on fait le choix évident du « vanille » faute d’avoir le courage de vivre ses rêves. Il y a sans doute la frustration pour moi de ne pas y parvenir. J’ai rencontré il y a peu un garçon vanille et dès le premier soir, je me suis ennuyée. L’attirance, le début de sentiment, tout a été balayé tellement je ne me reconnais pas dans cette sexualité, tellement ça m’étouffe et me rend comme morte de l’intérieur. Et la même histoire se répète sans cesse. Je leur fait tourner la tête mais au moment de se stabiliser, là, il faut vite rebétonner la façade. Et surtout ne rien dire, s’emmurer dans une normalité d’apparat. Ce serait si honteux de dire qu’on aime se prendre des doigts dans le cul… Je ne demanderai pas grand chose, au moins assumer en parole, oser prendre son intimité en main. Je n’ai rien, dans le fond, contre ces filles « vanilles » qu’ils choisissent. Peut-être sont-elles très bien d’ailleurs. Je leur reproche souvent leur pudibonderie. Mais c’est partiellement la faute de la société dans laquelle on évolue, qui réprime encore beaucoup leur sexualité.

J’ai cette impression dérangeante de naviguer, à mon âge pourtant jeune, dans un monde parallèle de la réalité des autres. J’ai l’impression d’être à moitié dans la matrice, consciente de la bizarrerie, de l’étrange, de la force des passions et des pulsions qui nous broient. Une vision très nietzschéenne en soi. Mais tellement vivante et forte quand on peut vivre des moments d’extase même si, la marée baissant, je me retrouve avec des odeurs de pourri et de misère sexuelle aux narines.

On fait tous nos choix. J’en ai marre d’être la fille qu’on baise, celle qui n’est assez bien pour être l’épouse, celle qui reste au placard parce qu’elle est quand même bien pratique. J’en ai assez de ces fonds pourris de patriarcat et de conventions sociales, j’en ai marre de ces gens qui scénarisent même l’intime. Et je rage de toutes ces filles qu’on laisse dans l’ignorance et qu’on éduque encore dans la pudibonderie, des cloisonnements entre femmes et hommes et de la politesse d’usage. Et pourtant je ne suis pas sotte. Je sais que les gens sont encore trop cons pour faire la distinction entre vie privée et vie publique, le risque qu’on court à ce que ça s’ébruite. Mais quoi au juste ? C’est déjà la mort pour certains de constater que je sors à la vue de tous avec mes poils aux jambes, soit cinq centimètres de poils bruns sur les demi-jambes. De quoi me prendre un holocauste de regards. Alors aimer être à quatre pattes… J’imagine. Mais, puisque vous ne choisissez pas, puisque vous ne me laissez pas le choix, je choisirai : je préfère être le tank plutôt que de me faire rouler dessus. Alors maintenant, j’ai tendance à mitrailler à vue.

Alors si toi aussi tu n’as pas peur d’au moins essayer de vivre ce qui te plaît, que tu n’es pas trop jaloux (et trop con s’il-te-plaît, tu sais écrire, c’est énorme à notre époque) et que ton bonheur passe par le bonheur d’une femme qui fera de toi sa chose… Tu sais où est ma boîte mail.

Beaucoup de douleur ce soir. Il est temps d’aller marcher dans la nature.

4 thoughts on “Je suis le squelette de ton placard”

  1. Dans l’ensemble, je me suis sentie bien après avoir lu votre article. Il est vrai que très souvent des choses m’énerve dans la vie, ou les gens qui refusent d’être ce qu’ils veulent être soit disant pour respecter des normes de société.
    J’ai été comme ca un moment, cherchant des relations vanilles, mais qui m’ennuyais. Un jour, j’ai décidé de ne penser qu’a moi et de tester vraiment ce que je voulais. J’ai eu la chance de rencontrer une maitresse et de pouvoir être pour la première fois réellement soumis. Je me suis sentie bien et heureux.
    Je n’ai malheureusement pas beaucoup d’expérience et d’aventure dans ma vie, ma timidité me jouant beaucoup de tours, mais je suis fier et heureux d’enfin assumer ce que je suis.
    Merci pour cet article.

  2. Tout d’abord merci pour votre blog. je réagis à l’appel que vous lancez à la fin de votre billet, je suis globalement d’accord avec vous, même si je pense que la réalité est plus complexe, je vais donc ci après exposer mon point de vue : ce que vous appelez mensonge, même si cela en est effectivement un, est surtout le résultat de compromis et de choix. Les compromis sont nécessaires et inéluctables à la vie en général et à toute relation en particulier : par exemple même si on trouve le partenaire idéal, ce partenaire idéal est une personne différente et il y aura des différences entre vos envies et vos pulsions et les siennes, certaines de vos envies pourront devenir les siennes et certaines des siennes pourront devenir vôtres mais il y en a toujours des écarts même si ils sont résiduels (vous le dites d’ailleurs très bien quand vous parlez de votre relation avec Mulot), c’est aussi ce qui fait l’intérêt de cette personne : quel intérêt y aurait il à avoir pour partenaire quelqu’un avec qui l’entente est parfaite ? Aucun car la vie est aussi faite d’affrontements même dans l’intimité. On fait donc tous des compromis qui peuvent nous pousser à mentir ou à nous mentir, ce qui me semble grave c’est que, à force de compromis, on peut vraiment passer à côté de sa vie. Il est vrai que dans le milieu SM, on voit beaucoup de gens qui sont passés à côté de leur vie sexuelle, qui mentent à leur partenaire et qui souvent se mentent à eux même aussi (on peut juste espérer pour eux que les autres composantes de leur vie soient plus épanouies), cela peut donner une forme de nausée que vous exprimez dans ce billet.
    Donc, de même qu’être libre c’est être seul, être vraiment soi même c’est aussi être seul car ne pas être seul conduit nécessairement à des compromis qui nous éloigneront peu ou prou de nous même.
    Voilà, j’ai simplement eu envie de vous faire partager mon expérience et ce que je pensais.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *