Aujourd’hui vient la seconde partie de mon article consacré aux deux volets de ce qui (me) donne une envie de l’autre, assez rapidement, un prérequis capital à toute relation BDSM non vénale destinée à se poursuivre. Je tenais à parler de l’attirance physique car il s’agit, selon moi, de la donnée la plus négligée par les hommes soumis à l’égard des dominae. Je n’ai pas d’expériences pour d’autres rôles et, comme d’habitude, je ne prêche que pour ma paroisse.

Force est de constater que des demandes, j’en ai. Souvent. Trop souvent. Mais que je bloque presque toujours au physique. Déjà, je cherche un homme aux environs de mon âge essentiellement pour espérer avoir cette attirance physique (ainsi qu’un mode de vie plutôt similaire et des activités en commun, ce qui n’est pas l’apanage de l’âge, je le sais), afin de ressentir cette envie de toucher l’autre et donc de se l’approprier, de le posséder, de le faire mien. Or, les hommes soumis me le reprochent et j’ai tendance à culpabiliser, à me sentir peut-être un peu trop superficielle. Et pourtant, c’est encore là une tentative de manipulation éhontée, tentative qui s’inscrit tout de même dans le cadre d’un mythe qui a la peau dure dans le BDSM, le mythe de la domina-vestale.

Je m’explique.

Ce mythe voudrait qu’une domina soit sensible au BDSM pur, à ce qui fait l’essence de la domination, donc n’ait pas besoin d’éprouver d’attirance physique pour un soumis. Déjà c’est une femme, et les femmes, forcément, sont moins « physiques » que les hommes (mais tellement plus sensuelles et romantiques, of course). Elles peuvent se satisfaire de ne pas coucher, le sexe n’est pas obligatoire pour une femme. Donc les dominae se satisferaient du pouvoir qu’elles ont sur le quidam, de la satisfaction de voir que l’homme, satisfait d’être dominé, s’en remet à elle. Car le BDSM, ce n’est pas du sexe, c’est plus que cela. C’est du cérébral pur. C’est le pouvoir qui serait recherché en premier et source d’autosatisfaction pure.

Suis-je la seule que cette vision dérange au plus haut point ?

1. Cette vision rend la personne dominante sans empathie, ou peu, uniquement dans le rationnel. Elle rend impossible le couple avec amour et favorise les unions par intérêt. Elle fait du soumis un objet.

2. La domination pour la domination, c’est un peu le complexe du petit chef. Je doute que ce soit très sain d’avoir ces motivations. Ça sous-entend également implicitement que les femmes, puisqu’elles n’ont pas beaucoup de pouvoir en général, devraient se sentir si gratifiées d’en avoir enfin que ça devrait tout justifier et suffire intégralement. Vraiment. Trop de chance d’être domina.

3. Ça néglige finalement le plaisir sexuel et sensuel de la domina (qui de toute façon ne va pas s’embarrasser de toucher son esclave, mais quand même, faudra bien le branler de temps en temps histoire de le garder sous sa botte, tant pis si ça nous dégoûte de frotter un cornichon fripé). Ça néglige son humanité, son besoin d’émotions, de sensations, de relationnel.

4. Cette vision est plutôt logique dans l’idée d’un couple gynarchiste véritable. La femme n’imagine pas l’homme comme un égal, mais comme un inférieur, donc pas d’envie sexuelle, d’admiration, de sentiments pour un inférieur. Au moins, le « moche » a la gueule du métier, comme on dit.

J’ai une amie switch, soumise profondément dans l’intimité mais qui s’est mise à dominer en soirée, faute de trouver des dominants. Pour elle ce n’est qu’un jeu, de dominer. Elle n’a pas besoin d’attirance physique particulière, juste de trouver l’homme correct et poli. Ils montent. Elles le fesse, joue avec le martinet, le met à quatre pattes. Ça ne va pas forcément plus loin. Mais il n’y a aucun investissement. Cela la satisfait de cette manière. Elle ne conçoit aucun contact. Dans son cas, elle ne met aucune tension sexuelle physique dans sa domination, ce n’est que du cérébral pur. Et passé la petite demi-heure, à la niche !

Il n’y a rien de mal à s’amuser de la sorte. Ce n’est pas la même démarche, c’est tout. Elle pourrait sans doute switcher avec un homme dominant s’il lui demandait, dans le cadre de son couple, et là, j’imagine que ce serait bien différent encore. J’ai lu d’autres témoignages de femmes qui allaient dans ce sens, que le BDSM, c’était dépasser le physique. Dans ce cas, grand bien leur fasse, si elles deviennent insensibles. Beaucoup choisissent de cloisonner aussi : la vie vanille avec le copain d’un côté, la domination de l’autre. J’en suis incapable. Déjà, j’ai assez d’occasion pour ne pas estimer qu’un mec soumis, n’importe lequel, c’est la chance de ma vie… C’est ma vie sexuelle, et la mienne rime avec attirance, frisson, plaisir, désir, culotte mouillée.

Ma superficialité, à ce niveau, va de pair avec celle de l’homme soumis. Assurément, par beauté du geste, si le physique n’est rien, pourquoi prendre une domina de vingt ans sa cadette. Si le physique importe peu, qu’il chasse donc, le quidam, auprès des femmes de son âge. Je suis sûre qu’ils seraient tout aussi bien soumis à une octogénaire, que le plaisir pur de se soumettre leur suffirait et réaliseraient toutes leurs aspirations. Pur plaisir altruiste de servir. On y croit ? Qui parie ?

J’ai besoin d’avoir envie d’un homme pour avoir cette envie irrésistible de me l’approprier. Pour moi, dominer, c’est une parade amoureuse. Sexuellement je suis une amazone, une femme primale : je veux posséder l’homme, le faire mien. Seule une personne qui m’intéresse vraiment me donnera envie de la dominer, parce que c’est le mode d’expression majoritaire (mais pas unique ou sectaire), de ma libido.

C’est ma manière privilégiée de me lier avec les gens dans l’intimité. J’ai besoin d’être stimulée intellectuellement, mais c’est cette stimulation qui titille mon esprit et me fait… mouiller. Oui, tout bêtement. C’est physique aussi. Dominer pour dominer, voir qu’un mec bande parce que je lui dis des saletés, ça ne devient excitant que si j’ai tout intérêt, si cela ME concerne AUSSI de le faire transgresser, d’explorer les rives de nos vices. Je ne suis pas mère Thérésa, je n’ai pas à faire de charité. Non, il n’y a aucune satisfaction pure d’avoir en face de moi un soumis, parce que déjà il n’y a que ça autour de moi, je n’ai qu’à me pencher pour ramasser les fruits amers d’une récolte de prêt-à-consommer sans intérêt. Le nombre d’hommes voulant réaliser LEURS fantasmes est colossal, la plupart n’aimeraient pas s’embarrasser de tout ce qui rajoute du temps et du souci : flirt, apprentissage de l’autre, temps non sexuel, envies communes, valeurs, tendresse. Je ne mets pas tous dans le même panier, cependant, force est de constater que les hommes qui me reprochent d’accorder une attention au physique dans le cadre de MA (ou notre potentielle) vie sexuelle, ce sont des hommes qui sont aux antipodes de mes préférences et, le plus souvent, des conditions de mes annonces/recherches. C’est un moyen de me culpabiliser (cette bonne vieille soupe amer qu’on fait ingérer aux femmes) afin de me faire changer d’avis.

D’où vient le mythe sans doute trop répandu de la domina-vestale (àmha) ?

Du porno, d’une part, et du monde des domina pro d’autre part. Ces femmes, étant payée pour du service (encore une fois, j’estime que dans une société de service comme la nôtre, interdire la prostitution et la domination pro alors qu’il y a une demande, hiérarchiser les demandes et les services selon une échelle morale digne d’un autre âge relève du puritanisme et de la pure hypocrisie), elles ne sont pas réputées pour sélectionner leurs clients sur leur physique. Au mieux espère-t-on, soit qu’elles mettent du cœur à l’ouvrage – et des dominae vénales mais investies, voire avec un intérêt pour la domination, je suis sûre que ça existe ! –, soit qu’elles simulent très bien et qu’elles en mettent plein les yeux, comme une actrice fait son show.

En gros, selon moi, ce mythe est lié tout du moins en grande partie au carcan BDSM standard, image d’Épinal d’un femdom « gynarchiste » mais tourné vers la satisfaction du pigeon qui paye derrière l’écran ; les femmes, souvent pas franchement concernées, deviennent l’esclave de la demande. Dans la plupart des films porno, lorsque j’écope le web, je vois évidemment de belles jeunes femmes désirables, minces pour la plupart, sensées se plier aux canons du désir masculin. Les hommes, en revanche, bien que plus souvent nus que les femmes (et ça ça doit être l’exception femdom au cœur du porno en général), ne sont pas sélectionnés selon les critères standards. Pire, ils sont souvent bien plus vieux que l’âge moyen de l’homme stéréotypique dans la force de l’âge et de sa beauté (35-40 ans je dirai). Je vois souvent de vieux soumis passé la cinquantaine, bedonnant quand ce n’est pas carrément obèses, avec des rides, des tâches, les pieds avec une corne de trois centimètres, les dents jaunes. Bref, vraiment aux antipodes du canon de beauté. Même souvent avec de grands défauts de soin (je suis désolée, en tant que femme, moi, je les vois ces détails et ça fait tout) !

Je ne dis pas qu’on ne peut pas pratiquer le BDSM si on n’est pas un mannequin ni qu’on ne devrait pas se montrer. J’ai un profond respect pour les gens qui s’assument et si je n’aime pas quelque chose, une vidéo, si ça ne me parle pas, je ne la regarde pas, c’est tout. Je parle du monde du porno, un monde de l’image fait pour plaire et qui renvoie au plus désirable, à la plastique pure et aux apparences. Pratiquer au sein d’un couple et différent de dans un porno, on est d’accord, il y a des couples de tous âges et de toutes morphologies. Et on comprend bien, en voyant les soumis, que le public visé est le public masculin hétérosexuel, of course. Même si, personnellement, imaginant qu’ils puissent s’identifier au soumis, j’ai du mal à imaginer comment ils font pour trouver excitant une vidéo où l’homme est rebutant. En même temps on trouve sans doute moins d’acteurs acceptant d’être humiliés et dégradé de la sorte ou acceptant les pratiques d’humiliation extrême, trop gênante pour leur image future alors que les hommes d’un certain âge ont sans doute leur vie déjà bien entamée, bien arrêtée, moins d’incertitudes sur l’avenir. J’imagine que cela joue aussi.

Je ne veux pas penser que je fais du jeunisme ou de la grossophobie de base. Je ne suis pas parfaite, même si je suis jeune. J’adore mon corps mais il a son passé qu’il traîne jusqu’au plus profond de mes chairs. Mon accident, d’une part, avec les nombreuses nouvelles cicatrices à apprivoiser tout le long de ma jambe droite, mais surtout mon passé d’ancienne ronde. J’ai perdu à la fin de l’adolescence environ vingt-cinq kilogrammes, en une année environ (c’est trop rapide), passant, pour cent soixante-six centimètres, d’un poids d’environ quatre-vingt-kilos à désormais cinquante-cinq kilos. Il est frustrant de comparer des filles de ma corpulence, même plus lourdes que moi. Je parais toujours la plus enrobée, je parais enrobée pour ma taille. Ma peau pend un petit peu, mon corps porte la marque de cette graisse qui m’a quittée mais qui reste résiduelle. Mes seins sont plus creux, plats sur le dessus, le plus petit a encore creusé sa différence de taille avec l’autre. J’ai une peau de visage sensible à l’acné. L’ongle de mon gros orteil droit n’est pas nickel car j’ai subi une opération d’un ongle incarné à la fin de l’adolescence. Bref, je ne suis pas un mannequin, ce qui ne m’empêche pas de me trouver mignonne, certains jours plus que d’autres.

J’aimais avant mon corps rond. Je trouve les filles avec des formes belles à regarder. J’ai fait l’amour avec une fille à la limite de l’obésité. Avec des filles plus fines aussi. Globalement je me suis retrouvée plus souvent avec des filles enrobées. La silhouette n’est pas une donnée qui m’interpelle plus que cela avec les femmes, les rondeurs riment souvent d’ailleurs avec charme supplémentaire à mes yeux. Avec les hommes, par contre, cela me bloque d’emblée. Je fantasme sur les hommes maigres, minces au mieux, sur les secs, légèrement musclés ou pas du tout, sur des ventres plats où se dessinent un beau pelage velu. Plus l’homme est âgé, plus j’attends de lui qu’il me prouve son sérieux et qu’il est resté non seulement jeune dans sa tête, mais qu’il est d’autant plus soigneux de son corps.

J’aime la sensation d’un corps d’homme de corpulence fine, l’élasticité de la peau, la dureté du muscle derrière. Étrangement, au toucher, je ne ressens pas la même impression entre les rondeurs d’un homme et celles d’une femme. Peut-être est-ce dans ma tête ? Les préférences c’est forcément dans la tête. Peut-être un résidu d’instinct primal, avec la femme assez ronde pour passer l’hiver. Quoique, ça n’explique pas mon amour pour les grands et petits gringalets de toute sorte !

Bref, petit aparté terminé. C’est terriblement frustrant, ce mythe qui a la peau dure. Résultat, les soumis se négligent.

Quand on compare sur un site de rencontre les profils d’hommes dominants et les soumis, on se rend compte du poids des injonctions sociales.

Les dominants posent en chemises, l’air bien propres, respectables et s’inspirant du look cadre d’entreprise. Ils suggèrent un maintien, un statut social (plus dur d’imaginer une photo de dom en chemise hawaïenne) qui ferait rêver les femmes. Je n’ai jamais vu de dom avec un survêtement. Ça veut tout dire. Par contre, de telles photos, chez les soumis… j’en ai eu. L’homme doit sous-entendre qu’il gagne (bien) sa vie, serait un bon parti, est intègre, élégant, sérieux… Et attention c’est hyper sérieux de dominer, d’ailleurs, rien qu’à voir les photos, on pourrait leur tatouer « discipline » ou « sévère » sur le front.

Les dominants sont souvent plus musclés et plus minces que les soumis. L’âge n’est pourtant pas plus jeune chez les dominants même si on trouve peut-être plus d’hétérogénéité puisque c’est socialement plus accepté, donc plus facile de dévoiler son côté bad-boy. Les soumis sont souvent négligés, en surpoids, avec des photos peu flatteuses. Plus craintifs de se montrer. J’ai vu des hommes qui montraient des photos avec un manque flagrant d’hygiène, ou qui se présentaient à un rendez-vous en me soufflant sur le visage leur haleine qui défrise (apparemment un souci qui arrive parfois en vanille aussi, un mauvais date reste un mauvais date).

Pourquoi cette différence ?

Tout simplement parce que les hommes dominants savent qu’ils n’ont AUCUNE CHANCE de trouver une soumise conforme à leurs attentes (càd souvent vingt ans de moins qu’eux, et ça, c’est regrettable) s’ils ne sont pas physiquement attractifs. Car, par contre, il est admis que l’homme dominant exerce une domination sexuelle, et qu’une femme soumise aime la domination sexuelle. Vraiment, un dominant qui ne pénétrerait pas sa soumise, peu importe le trou, même au minimum avec des jouets, on trouverait cela… louche.

Je tenais également, pour finir cette horriblement longue diatribe, à parler plus particulièrement des soumis attirés par l’humiliation.

J’aime ces pratiques, mais pas pour elles-mêmes (du moins, peu pour elle-même, quelque chose de plus important les transcende). Je les aime pour la transgression qu’elles apportent. Transgression qui n’a de sens que si elle existe, s’il y a quelque chose à transgresser. Le beau cadre bien habillé qui, au sortir du boulot, se fait démonter le cul comme une pauvre chiennasse. L’homme pressé qu’on attache dans une pièce et qu’on nourrit de pain sec et d’eau. Celui qui, les dents toujours blanches, détartrées de la veille, qui récite Shakespeare et René Char, réclame en pleurant le droit de manger ma merde (je grossis le trait, mais c’est un procédé commun dans la satire et les écrits didactiques). C’est ça qui m’excite, ce n’est pas le fait qu’on mange ma merde pour la manger ! C’est ce que beaucoup ont du mal à comprendre. C’est le vice que j’aime plus qu’une pratique estampillée. Et donc là encore ça ne rend pas possible les rencontres « je vous propose de me faire ça, oh, la chance, vous pourrez me faire ça vous vous rendez compte ! ».

Les soumis qui cherchent ou aiment l’humiliation sont souvent les pires que j’ai eu à fréquenter, niveau négligence de soi. Ce qui me fait dire que ces hommes n’ont pas une haute opinion d’eux pour ne ressentir aucun intérêt à s’apprécier soi-même. C’est flagrant. Même si on est pas tous fin et sculpté de naissance, ni sportif de haut niveau, se laisser, avec le temps, devenir gras au-delà d’un surpoids classique (et ça devient donc un souci d’ordre médical), développer des problèmes de peau, avoir la langue blanche des bactéries de l’intestin qui remontent et d’une mauvaise hygiène dentaire… Non désolé, ce n’est pas prendre soin de soi. Désolée d’être dégoûtée par un inconnu qui présenterait ces caractéristiques. Je ne vais pas pardonner ça à un aspirant soumis alors que ça me gênerait venant de mon voisin de barre dans le RER bondé.

Quelqu’un a récemment écrit sur mon site, en commentaire, qu’à vaincre sans périls on triomphe sans gloire. C’est exactement ça dans ce cas.

J’ai la triste impression que l’humiliation ou les fétichismes associés sont souvent la preuve d’une faiblesse psychique. Mauvaise image de soi, masochisme et auto-castration poussée à son maximum. Peut-être même auto-destruction, mais de manière sécuritaire et avec le soin de donner la responsabilité de la gâchette à une autre. Je n’oublie pas que le BDSM, longtemps, c’était une paraphilie, et que nombre des fétichismes et des jeux auxquels je m’adonne sont considérés encore aujourd’hui comme des perversions. Je n’ai pas vocation à être la psy des hommes que je rencontre, ni leur coach sportif, ni leur diététicienne, ni leur mère, ni le sens de leur vie. Qu’ils se construisent d’abord puis viennent me trouver après.

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