La Victoire, pièce du Monument au général Alvéar, Antoine Bourdelle, 1913-1923

Au cours de l’hiver, je me suis éloignée du milieu BDSM. Je n’ai pas réussi à m’y intégrer, trouvant, dans les centres d’intérêts et les valeurs des jeunes parisiens de mon âge trop de décalage. Aussi, ma rencontre avec Yann et mes nouveaux impératifs m’ont aidé à prendre de la distance. Il ne m’apparaît plus nécessaire de fréquenter ces gens, qui ne m’apportent rien de particulier au demeurant, même si je n’ai que trop surnagé lors des quelques rencontres auxquelles j’ai participé. Je n’ai jamais été un monstre de sociabilité, je suis toujours cette personne distante, au fond, qui tente de se faire oublier.

J’aspire désormais à cultiver une image très lisse, très discrète, à vivre comme tout le monde. Mais, dans mon intimité, rien ne me fait plus plaisir que de pouvoir laisser mes pulsions prendre le dessus en toute connivence avec mon partenaire. Je n’ai plus rien à montrer, plus rien à démontrer maintenant que Yann est à mes côtés. Nous sommes deux, nous faisons barrage. Et ce pilier, cette sécurité, me comble. Elle représente actuellement ce que je possède de plus précieux. Mon barrage contre le Pacifique.

Lorsque nous nous sommes rencontrés, les formalités ont été évoquées. Il n’estimait pas nécessaire un enfant pour être heureux plus tard, ni ne voyait le mariage comme un idéal, ni le couple monogame sans pour autant imaginer que le poly puisse déboucher sur une vie stable et équilibrée. J’étais tout à fait d’accord avec lui. Soulagée, sans sentir de pression, comme avec d’autres relations, je pouvais me lancer dans une relation sans adhérer au plan quinquennal d’usage. Pourtant, malgré ce discours initial, au cours des premiers mois, je l’ai senti complètement basculer.

En réalité, pour être exact, je nous ai senti basculer. Une prise de conscience, une nouvelle étape, comme un nouveau saut Kierkegaardien dans le stade éthique, s’imposait. Mais il en sera question après.

Nous passions notre dimanche tout entier sous la couette, à dormir, faire l’amour, s’embrasser, regarder des films. Il était dix-sept heures mais il faisait déjà nuit car nous étions en novembre, je crois. Il me tenait la main et il me dit tout à coup « tu verrais un anneau à ce doigt ? » C’est là que tout a commencé. Pour la première fois de ma vie, j’ai rougi en soufflant oui. Il fut satisfait et me serra contre lui. Je n’avais, avant ce moment, que moyennement eu conscience que déjà, j’avais changé. La conversation continua, hachée par de menus baisers.

— Tu répondrais oui si je te demandais en mariage, maintenant ? (il me ferait presque rougir à nouveau)

— Oui. Et toi ?

— Oui, aussi.

J’ai grommelé de satisfaction en l’embrassant dans le cou. Depuis ce jour, régulièrement, il m’a rappelé cette image. Aujourd’hui cette image a enflé. Il m’appelle sa femme. Il me dit être mon petit mari (soumis, de préférence). Il a presque trente-trois ans, aussi, je pense que dans sa tête il est prêt à s’établir. Auparavant, j’ai déjà eu une ou deux propositions émanant de N. et de Mulot, mais je rejetai ces propositions. La nuit, la perspective de vieillir à leur côté m’angoissait. Mais aujourd’hui tout est différent. Depuis quelques mois rien ne me ferait plus plaisir que de vivre avec lui, devenir sa femme et fonder une famille. Me poser. Je ne pensais pas écrire cela un jour, du moins, tout cela m’apparaissait comme très vague. En fait, je ne pensais pas vraiment être faite pour une vie comme tout le monde. Pas parce que je ne l’aurai pas désiré, mais parce que cette dernière m’était inaccessible.

Je sais avoir beaucoup de chance, de ressentir une telle évidence. Si sereine, si douce au creux des reins. Je suis follement amoureuse, mais d’un amour qui ne me semble avoir rien de l’amour adolescent que j’ai pu éprouver pour mon premier soumis à 17 ans. Je ressens beaucoup de désir et d’émotion à son contact, cependant j’ai l’impression de rester toujours lucide. Cela va bientôt faire sept mois, l’âge où normalement on regarde l’autre droit dans les yeux. Avec les autres, je savais déjà leurs défauts, à quoi m’attendre. La relation était rodée. J’ai conscience que, normalement, on ne formule pas de telles promesses aussi tôt. Cela doit vous paraître très fantaisiste. Cependant j’ai conscience que derrière ces mots se profile un souhait commun qui n’est pas qu’une demie boutade, car comme moi, il se projette. C’est de l’ordre de la prophétie autoréalisatrice : nous savons qu’à partir du 29 Août 2017, nous ne nous quitterons plus, comme un événement fatal qui ramène Œdipe à sa mère.

Il me raconte souvent cette scène. Il se verrait bien bricoler dans le jardin, dehors. Je passerais avec le linge avec mon gros ventre et ma fine robe d’été rabattue par le vent. Il suffirait de me baisser un peu pour que la robe découvre les jarrets, les fesses et cette chatte béante. Il abandonnerait alors tout ce qu’il ferait et viendrait se frotter contre moi, par derrière, une main sur les seins gonflés de lait et la bouche avide en quête des mamelons humides. Un vrai animal. Et toujours cette foutue cage qui frotterait contre mon cul. C’est bon d’avoir la main mise sur son petit mari.

Puisqu’on y vient. J’ai découvert deux nouveaux fétichismes, au demeurant très agréable. Celui des menstrues, et celui des femmes enceintes. Aussi mes glaires et mon sang ponctuent le mois et notre relation. Dur de répondre au deuxième en acte. Cependant il pose souvent sa main sur mon ventre. Il l’embrasse, me dit à quel point je serai désirable, le ventre rond, la peau laiteuse, la chatte ouverte. Il gémit en me voyant nue, le corps si charnu, les formes si épanouies. Il me souffle qu’il aimerait me rendre enceinte, qu’il est mon mâle, mon reproducteur. Tout mon corps supplie de porter la vie. Je le sens jusque dans mes tripes. Et je ne vois personne d’autre sur lequel m’appuyer que lui. Dans ma tête,  Lorsque je rentre, après un week-end, seule chez moi, c’est comme si on m’ôtait une partie de moi. Lorsqu’il est en déplacement aussi. J’attends comme un cadeau d’entendre sa voix le soir, j’aime ponctuer ma journée de ses messages. Je partage avec lui les petits riens du quotidien. Mais au moins j’ai la certitude qu’il va rentrer et que lorsqu’il le fera, je serai la première personne qu’il viendra voir. Il me serrera à en crever, il baisera tout mon corps puis me baisera avec fougue, jusqu’à me faire crier. La vie seule n’est qu’une exception, une anomalie, plus la règle. Lui-même me dit, en rentrant chez lui, les soirs où il ne reste pas : « j’étais comme un con, sans toi. C’était mauvais ».

Régulièrement, je sens que les choses bougent. Dans ma tête et dans la sienne, à mesure que les mois passent.

— Je suis trop vieux maintenant pour retomber vraiment amoureux. Je n’ai jamais ressenti cela, pour personne.

— Moi aussi. J’ai eu du désir, j’ai même été entichée mais je n’ai jamais aimé quelqu’un comme toi. Je sais que la chance que je retrouve quelqu’un qui partage autant serait inespérée. De toute manière je n’ai envie que de toi.

Je suis persuadée que retrouver un complice de crime et de vie, stable et ambitieux, serait peine perdue. Et puis, quel intérêt quand on a l’a déjà ?

Hier, nous avons décidé d’un commun accord que j’allais lui rester exclusif ; lui a toujours dû l’être de son côté. En matière de pénétration du moins. Je continuais de fréquenter Fabien avec qui j’ai parfois eu des relations sexuelles, même si très sporadiquement. A une époque il était mon amant régulier, désormais il n’est plus que mon soumis. Yann, de son côté, porte désormais un anneau d’appartenance qui lui enserre les couilles. Faire l’amour avec un autre n’aurait pas de sens car il me comble, et, sentiments faisant, je n’ai plus d’intérêt à partager un moment purement sexuel sans enjeux. Je préfère garder un temps de relation monogame, je le désire même car c’est selon moi le sésame pour bâtir de puissantes fondations pour l’avenir. Je veux qu’il sente la puissance de mon engagement et que tout, pour moi, est différent de ce qui l’a précédé. Je sais qu’il est toujours possible, si j’en ai envie, d’avoir du BDSM et de m’amuser à côté, ce dont je ne veux plus. Le contrat pourra toujours être rediscuté si envie ou besoin ultérieurement. Là, j’ai juste besoin de changer de vie. Enfin. Passer à l’étape supérieure. Me construire sur autre chose que sur le modèle de la Maîtresse. Je veux redevenir une femme.

Mon chéri ne se branle plus, il garde tout son jus pour moi. Aussi il lui arrive de me faire jouir une à trois fois par soirs. Même fatigué, je suis étonnée de sa résistance. L’animal se défend, même à un âge aussi avancé que celui du Christ (je sais que rien que pour cette phrase, je me prendrai sans doute quelques insupportables baisers dans le cou). Plus les mois passent et plus la fréquence de nos rapports augmente. Je n’ai le souvenir que d’un soir où on s’est vus sans faire l’amour, c’est dire… Alors que jusqu’à présent, je connaissais des garçons qui me stoppaient, chouinaient voire pire, me culpabilisaient. J’ai même eu un moment honte de ma libido débordante. Maintenant ce n’est plus le cas et je crois même qu’il arrive, soit à mon niveau, soit légèrement au-dessus depuis que je l’ai mis en cage. Cet anneau de métal a un pouvoir assez incroyable que je n’explique pas…

Plus les mois passent plus l’osmose est complète. Passé six mois, les illusions sont mortes. Pourtant je me sens encore mieux : plus amoureuse, plus femme, plus décidée que jamais à abandonner sans regret mon ancienne vie pour me lier à lui. Mes pulsions me laissent enfin en paix. Non pas que je n’aime plus le BDSM : notre jeu de possession de ses organes sexuels et la cage associée prouvent bien que non, mais je ne me suis jamais sentie aussi équilibrée. Je souhaite me recentrer, à la fois sur ma relation (ce qui explique que je désire conserver mes trous pour lui) et sur ce que je construis à l’extérieur. Moins de BDSM-social, d’efforts vers l’extérieur, plus de place pour ma carrière, mes passions, et, j’ose le dire, ma future famille.

Je profite enfin de mes inclinations sans sentir le manque. Je peux allier sans heurt le sexe le plus brutal, l’animalité complète dans un rapport égalitaire et la domination. À coté, tant de choses nous lient que la liberté d’avoir la quantité n’est plus d’un réel intérêt, puisque j’ai la qualité (et une quantité pour l’instant largement suffisante). Je suis étonnée moi-même que rien ne me paraisse contraignant ou ne me manque après six mois. J’ai une vie sexuelle, amoureuse et culturelle hautement épanouissante.

Je n’espère plus qu’une chose désormais : développer cette relation jusqu’au sommet de ses possibles. Et tous les deux, on connait déjà son nom. Le reste n’est qu’une question de patience et de détours.

Ma queue attitrée et Monsieur. Prêts à l’emploi.

7 thoughts on “Le nom de la Victoire”

  1. La cage de chasteté est un peu l’équivalent de mettre un sexe d’homme dans un vagin ambulant (=la cage elle-même), en permanence verrouiller au bout de celui-ci. Comment ne pas aimer ! Ça apporte finalement plus de jouissance sexuelle que ça en enlève. C’est donc l’effet inverse de ce que laisse imaginer le fantasme. Conséquence en cage on deviens très libidineux, bien plus que si on n’avait pas la cage. Cela quel que soit le type de cage, même si elle recouvre entièrement le gland, ou extrêmement serré… Et non la cage de chasteté n’enlève pas la libido sexuelle, elle la booste même ! On peut de plus parfois, par cet excès de libido, finir par jouir à l’intérieur si l’excitation est là. On peux d’ailleurs par en venir accro. Je voudrais alors décrocher le record de duré le plus long de mise en cage, record qui par moment me semble finalement celui du record de l’inutile. En revanche faudrait pas en abuser, en la gardant continuellement pendant des semaines voir des mois, tout ça pour décrocher un plaisir sexuel sans fin…Qui dans notre société, une libido sans limite, n’est peut-être finalement pas très raisonnable…
    Cependant la cage empêche tout rapport sexuel, si bien réglé. Ainsi elle remplira au moins ce rôle-là, et cela de manière sûre. Le soumis ne pourra tremper sa queue ailleurs qu’avec Vous, et encore avec Vous si Vous le voulez bien. C’est déjà ça… Une chose de sûre donc dans son rôle, c’est que ça évite les infidélités, tout en décuplant le plaisir.

  2. je suis entierement d’accord avec vous fanfan;;;moi meme je porte ma cage et je deviens plus soumis à ma maitresse;de fois je fais de l’intrejouissance; c’est à dire mon esperme je le retiens sur moi à l’interieur de moi meme sans giclé…Quelques maitresse se servent aussi de la cage pour faire de plus en plus petit le sexe de son soumis jusqu’au point que celui ci disparait, presque en le rendant complètement inutile…

  3. Votre site https://www.cage-de-chastete.com/ est animé en parti par la belle Ibicella, (la plante carnivore qui dévore ses soumis :-). Je l’ai connu il y a 3 ans. Elle avait à l’époque créer un blog sur la soumission, en étant la Maîtresse animatrice évidement. On avait bien échangé pendant plusieurs mois. Elle a fini par péter les plombs sur mes écrits, probablement un peu trop intelo pour elle, elle qui est là pour s’amuser avec le BDSM. Mais surtout dont sa vénalité finis toujours par se réveiller, très basé sur le thème des moneyslave, elle reste finalement pour moi une Maîtresse rendu esclave par l’argent. Je n’étais pas très pour ce style de relation, elle a fini par comprendre. Chacun à ses choix voilà, mais plutôt très fréquent sur le net, toutes ces Maîtresses attirés par la vénalité (bon après tout ce sont bien nous les hommes qui en sont à l’origine, à vouloir absolument soumission à n’importe quel prix…voilà le résultat !). Rien avoir avec vous Cléo, qui depuis presque 10 ans, en suivant Vos écrits, de Vos pensées les plus profondes, j’ai appris à Vous connaître. Vous êtes bien loin de ce style de Maitresse.
    Personnellement j’ai connu ce site de cage de chasteté de luxe, il y a quelques années, par un autre site http://jedominemonmari.com/category/conseil-du-jour/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *