Le titre est provocateur, j’en ai conscience. Il ne s’agit en rien d’un article sur ma famille, mon enfance, la manière dont j’ai été éduqué ; ma famille ne s’éloigne pas du modèle traditionnel tout comme celle de Mulot (voire encore moins). Chez certaines personnes, rien ne prédispose particulièrement à un type de sexualité.

Je voulais parler dans cet article de la difficulté de rencontrer des gens avec des qualités que j’estime essentielles, voire primordiales, chez quelqu’un (homme comme femme d’ailleurs) et dont l’épiphanie pourrait se représenter sous la forme de mon père (un peu cliché). Je n’ai pas l’impression de rechercher un deuxième père, quelqu’un pour me décharger de tout, me prendre en charge (ce qui serait le comble pour une dominatrice), ce n’est pas du tout ce que je veux dire, cependant, force est de constater dans mes relations avec des hommes jeunes (entre 23 et 28 ans) le manque de tout ce que j’estime être la preuve de maturité et de responsabilité chez un homme en général (qualité qu’on retrouve peut-être un peu plus chez les hommes plus âgés). Des qualités pas réservées qu’aux soumis.

J’ai peut-être une vision de la vie assez rigoriste, ce qu’on imagine pas de prime abord, quand bien même je viens d’une famille aux racines catholiques alsaciennes plutôt que protestantes. La vie, c’est d’abord des devoirs. Il ne sert à rien de pester, de s’énerver, de se plaindre sur le sort : d’abord, il y aura toujours des emmerdes (et ce ne sera jamais le moment), et ce sera toujours très chiant. Ensuite, il y aura toujours des choses à faire. Des papiers, des aller-retours à la poste, des recommandés à écrire, des factures à envoyer à la mutuelle, des ampoules, des jantes, des batteries à aller chercher au brico du coin, des courses oubliées, des colis perdus, des appels à des standards qui ferment à 17h, des assurances où se renseigner, du ménage à faire, des lessives à étendre, des vols de carte bancaire, la famille à aller voir, un objet qu’on ne retrouve pas au bon moment, l’essence à remettre dans le réservoir, des caleçons, des chaussettes à racheter, des achats imprévus. Quand le travail est terminé, ce n’est pas encore fini, et ça le sera d’autant moins que l’âge et les responsabilités s’accumulent, notamment : devenir propriétaire d’un véhicule ou d’un bien immobilier, se marier, avoir des enfants.

Peut-être que les gens qui ont des enfants s’en rendent compte de force, face au poids des nouvelles responsabilités. Après tout, autant on peut laisser traîner la rénovation de son appartement, autant il semble plus délicat de ne pas déclarer son enfant à la mairie/sécu/mutuelle/crèche (ceux qui oublient le délais de trois jours auront la joie de s’emmerder au tribunal, je crois que ça rend soucieux même les plus fainéants d’entre nous) ni de laisser tomber les vaccins les plus essentiels.

Ces qualités, qui font un homme/une femme admirable et qu’on s’attendrait à retrouver d’autant plus chez un bon soumis, je me rends compte qu’elle font défaut. Est-ce un problème générationnel, lié à l’éducation, au changement de mœurs, à la maturité, tout simplement ? Je ne le sais pas. Je trouve la plupart des copains que j’ai eu assez immatures, à se plaindre sans arrêt et à ne jamais faire leurs papiers. Du coup ça ne m’intéresse plus quelqu’un que je vois une fois par semaine ou un week-end, pour faire pan-pan cul-cul. C’est trop facile.

Pour l’instant, ils me reprochent d’avoir bon dos, puisqu’en étant étudiante j’ai le temps de passer à la poste. Il n’y a pas un jour sans que j’aie à faire des démarches à la con, moi aussi, beaucoup liées à ma mauvaise santé d’ailleurs (ça on ne choisit pas malheureusement). Quand ce n’est pas la faculté, puis la CAF, la mutuelle, la bourse, les courses à faire tous les trois jours et le marché une fois par semaine le samedi matin, les standards téléphoniques, le propriétaire absent à harceler pour x problème d’appartement désuet… Je ne fais pas rien chez moi, même en journée, ce qu’au départ Mulot avait du mal à comprendre. Souvent ça me fait chier aussi, mais je ne laisse personne le faire à ma place, et je sais qu’il n’y a pas le choix et que lorsque je bosserai, il y en aura encore. Des problèmes différents, des autres.

Soit on est assez riche pour se décharger de ces tâches en payant quelqu’un d’autre pour le faire, soit on les fait. Et malheureusement je ne pense pas que j’aurai cette chance (quoique, l’heure n’est plus aux rentes, la plupart des gens qui ont un salaire très élevé le payent par de nombreuses heures au travail, voire une vie au travail… On a rien sans rien).

Pour la plupart des soumis, la soumission, c’est se prendre des doigts dans le cul, porter une cage, se faire rougir les fesses, sucer des queues, des chattes, des pieds et des culs. Ce sont des conneries. Tout le monde en est capable, c’est la partie facile. Aucun souci. Moi je veux quelqu’un qui assume au moins 50% des responsabilités du couple, voire plus, s’il est vraiment soumis. Et là je commencerai à considérer que c’est vraiment quelqu’un qui va au bout de ses idées, qui vit ses idées. Un vrai mec avec des couilles, même s’il fait le larbin !

Penser à allumer le lave-vaisselle avant de partir au travail le matin, sortir du travail et passer à la poste, puis aller au centre commercial acheter des légumes frais bio ainsi que les deux ampoules qu’on laisse traîner, mortes, depuis deux semaines, rentrer, ranger la vaisselle tout en mettant le four à chauffer, puis mettre la lessive à sécher au sèche-linge, en vingt minutes imprimer les documents à envoyer à la sécu, faire des enveloppes, tout préparer pour les déposer le lendemain, avant le travail ou lors de la pause.

Le secret c’est l’anticipation. Gérer pour que le terrain soit toujours défriché, au pire des cas, pour éviter la plupart des problèmes. Faire ses repas à l’avance. Faire les courses au drive. Planifier les lessives. Un bon soumis doit anticiper, et forcément penser régulièrement à tout. Il ne doit pas laisser ses fantasmes de soumission le grignoter toute la journée.

Je trouve que ma génération est trop une génération de loisirs et non pas de devoirs. Ou alors est-ce encore et toujours un problème de genre/éducation/mœurs lorsque les femmes, après le travail, doivent encore assurer 65% des travaux liés aux enfants, et essentiellement les activités les moins valorisantes. Et ces inégalités sont encore présentes pour l’entretien et les autres domaines.

3h, c’est à peu près le temps de loisir qu’a une personne chaque jour, apparemment. Cela montre bien qu’après le travail, il y a le second travail : le rôle d’époux, de père, de propriétaire, de soumis, qui devrait sa rajouter aux autres. Mais que faire quand on a déjà quelqu’un qui rêve d’avoir ces rôles pour leur statut sans être prêt à en affronter les responsabilités ?

Je ne veux pas avoir à rogner sur ce que j’estime être de l’essentiel, comme le fait de préparer chaque jour deux repas, du frais, essentiellement. Céder à la facilité et réduire le temps alloué à la cuisine est trop simple et pas un progrès en soi. C’est sûr que ça ne fait pas rêver, après le travail, de couper des légumes et de les faire cuire, plutôt que d’ouvrir une boîte. Et encore moins de passer l’aspirateur, de passer la serpillière. Facile aussi de dire qu’on est le larbin et de ne le faire qu’une fois par semaine, quand on est excité.

Les hommes jeunes sont mignons, cela, pour sûr. Je suis déjà très sélective. J’aime leurs membres fins, leurs torses secs, leurs bassins délicats, leurs culs bombés et fermes. Mais même très soumis au lit, je ne me vois pas me marier avec quelqu’un qui ne prend pas ses responsabilités. Je ne veux pas m’énerver et finalement, par résignation, au bout de quelques années, tout faire à sa place ! Alors on me traite d’égoïste parce que pour l’instant je ne souhaite pas être mère, je dis que c’est trop de devoirs, mais au moins je fais mes papiers et j’essaye de tout tenir à jour. Je ne vais pas me marier avec quelqu’un qui n’est pas passé de la LMDE à la sécu depuis 3 ans, au sortir des études et au début de son CDI, qui n’a pas jamais refait sa carte vitale volée, juste parce qu’il n’avait pas envie de le faire. Et encore moins m’imaginer lui « faire le plaisir » de lui donner un enfant.

Et de tout ça, jusqu’à présent, mon père, lui, au moins, en est capable. Je vais devoir me résigner à prendre deux soumis : un jeune pour le sexe et un moins attirant, d’environ quarante ans, pour le quotidien ?

4 thoughts on “Mon père, ce soumis idéal”

  1. Tout est dit. C’est quoi être un homme soumis pour une femme, qu’est-ce que désire une femme d’un homme soumis. Finalement ici comme pour la majorité des couples la même chose, qui n’est pas forcement dans ces rapport soumission domination, mais plutôt une symbiose. Le tout pour mieux s’en sortir dans la vie de tout les jours. Et les pratiques BDSM finalement ne sont du détail, et généralement pas nécessaires.

  2. Coïncidence moi aussi hospitalisé: rupture tendon d Achille, et deux mois de plâtre. Je viens de quitter mes béquilles, et je suis super heureux, car enfin je remarche, et même cela si je boite beaucoup avec les multiples séances de kiné. Je comprends maintenant tout ceux qui ont été hospitalisé, donc aussi Vous même… C’est là notamment qu’on aurais besoin de toute l’attention de son soumis. Et si ce n’est qu’une soumission sexuelle pour le soumis, cela va être dur au soumis de prendre les devant…Donc comprends votre coup de gueule.

  3. Je me demande si vous cherchez plus une personne qui se montre prévenante que soumise.

    Malheureusement, jeune ou moins jeune, vous trouverez toujours des individus qui fuient les responsabilités du mieux qu’ils puissent le faire. Des artistes de l’évitement.
    Ce sera à vous de dénicher votre perle rare. Ce n’est pas impossible mais parfois cette recherche peut prendre un peu de temps. 🙂

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