Ce printemps sera métaphysique, ou ne sera pas.

Quelques extraits nourriciers, pris directement à la mamelle de mes lectures hebdomadaires.

Pour le plus classique, presque, académique.

Pascal dit que les gens qui doutent en l’existence d’un au-delà après la mort se demandent forcément, en toute logique, s’il s’agira d’un néant ou de l’enfer (puisqu’ils ont douté en l’existence de Dieu et de l’au-delà, leur sentence, s’il existe, ne peut être que d’atterrir en enfer). Il s’insurge que certaines de ces personnes, soit vivent au jour le jour, sans réfléchir à ce problème, soit, (et c’est pire), se vantent de vivre sans crainte de l’avenir. Il qualifie cette posture de folie. Tout homme non convaincu, en proie au doute métaphysique, devrait, en toute logique, chercher la vérité sur l’au-delà. Pascal prend la parole en se mettant à la place d’un homme qui doute. Il résume à la merveille le doute ontologique et métaphysique inhérent à la condition humaine. En clair : pourquoi éviter la recherche de certitudes sur l’au-delà quand on a des doutes sur son existence est-il insensé ?

Je ne sais qui m’a mis au monde, ni ce que c’est que le monde, ni que moi-même. Je suis dans une ignorance terrible de toutes choses. Je ne sais ce que c’est que mon corps, que mes sens, que mon âme ; et cette partie même de moi qui pense ce que je dis, et qui fait réflexion sur tout et sur elle-même, ne se connait non plus que le reste. Je vois ces effroyables espaces de l’Univers qui m’enferment, et je me trouve attaché à un coin de cette vaste étendue, sans savoir pourquoi je suis plutôt placé en ce lieu qu’en un autre, ni pourquoi ce peu de temps qui m’est donné à vivre m’est assigné à ce point plutôt qu’un autre de toute l’éternité qui m’a précédé, et de toute celle qui me suit. Je ne vois que des infirmités de toute parts qui m’engloutissent comme un atome, et comme une ombre qui ne dure qu’un instant sans retour. Tout ce que je connais c’est ce que je dois bientôt mourir ; mais ce que j’ignore le plus c’est cette mort même que je ne saurais éviter.
Comme je ne sais d’où je viens, aussi je ne sais où je vais ; et je sais seulement qu’en sortant de ce monde, je tombe par hasard ou dans le néant, ou dans les mains d’un Dieu irrité, sans savoir à laquelle de ces deux conditions je dois être éternellement en partage.

Voilà mon état plein de misère, de faiblesse, d’obscurité. Et de tout cela je conclus que je dois donc passer tous les jours de ma vie sans songer à ce qui me doit arriver, et que je n’ai qu’à suivre mes inclinaisons sans réflexion et sans inquiétude, en faisant tout ce qu’il faut pour tomber dans le malheur éternel au cas que ce qu’on dit soit véritable. Peut-être que je pourrais trouver quelque éclaircissement dans mes doutes, mais n’en veux pas prendre la peine, ni faire un pas pour le chercher ; et en traitant avec mépris ceux qui se travailleraient dans ce soin, je veux aller sans prévoyance et sans crainte tenter un si grand événement, et me laisser mollement conduire à la mort dans l’incertitude de l’éternité et de ma condition future. »

Pascal, Pensées, édition de Port-royal, 1670.

Ce doute, agrémenté de cette crainte terrible, je les ressens. Chez moi, davantage qu’une crainte liée à l’au-delà (je ne crois pas vraiment à l’enfer. L’enfer le plus probable, pour moi, serait ce néant absolu, cet intégral vide de conscience), il s’agit d’une crainte de manquer l’essentiel de la vie. De m’échiner loin de la véritable quête du sens. Paris et le travail de bureau ne facilitent pas cette impression lorsqu’on mouline, sans passion véritable, dans un monde vide de sens mais rempli d’anglicisme toujours plus creux, toujours plus faux. Un monde du travail soumis aux modes, aux influenceurs et aux variables. On sait que de toute façon, l’énergie dépensée est sans fin, puisqu’il faudra toujours se réinventer, se mettre à la page. Assimiler les codes.

Tout change. Rien n’a donc de valeur intrinsèquement que ce changement permanent, dans lequel on baigne et qui m’angoisse.

Un problème totalement nouveau ? Pas que je sache, Pascal en parlait en partie. Sa forme actuelle est par contre inédite. Un problème prégnant au sein de ma génération ? Sans doute.

Je ne conçois pas être née dans cette civilisation, cette époque, dans ce corps, et avoir suivi ce chemin de vie, avoir traversé ces difficultés, avoir développé mes névroses et mes faiblesses, gratuitement. Il me semble essentiel de surpasser ce qui m’ancre dans le passé. Comprendre les glissements de terrains sur le chemin de la vie, puis les accepter et pardonner, aux autres comme à soi.

Chez moi, entre autre : arrêter la spirale infernale du rejet. Réussir à trouver sa place parmi le collectif tout en maintenant son identité propre. Enfin, espérer pouvoir apporter quelque chose, trouver un sens plus profond.

Second extrait, moins classique, qui m’aide énormément à avancer. Après une psychanalyse de deux mois, de nombreux jougs mentaux se sont desserrés. Timidement, je tente de dévisser les boulons, puis de nettoyer la vieille graisse rance, collée aux parois, de mes mauvaises pensées, de mes croyances erronées. De mes schémas mentaux éculés et auto-culpabilisants. D’accepter mes émotions, ma colère et de tourner la page face aux mauvaises expériences.

Vous n’êtes aucunement responsable de ce que les autres font. Leurs actions dépendent d’eux-mêmes. Chacun vit dans son propre rêve, dans sa propre tête ; chacun est dans un monde totalement différent de celui dans lequel vous vivez. Lorsque nous faisons tout une affaire personnelle, nous partons du principe que l’autre sait ce qu’il y a dans notre monde, et nous essayons d’opposer notre monde au leur.

Même lorsqu’une situation paraît très personnelle, même lorsque vous vous faites insulter, cela n’a rien à voir avec vous. Ce que les gens disent, ce qu’ils font et les opinions qu’ils émettent dépendent seulement des accords qu’ils ont conclus dans leur propre esprit. Leur point de vue résulte de toute la programmation qu’ils ont subie au cours de leur domestication.

Don Miguel Ruiz, Les Quatre Accords Toltèques : La voie de la liberté personnelle, Poches Jouvence, 1999 [1997], p. 64.

Les autres, cette plaie, parce qu’ils font du mal et qu’en même temps on aimerait tout faire pour se sentir accepté. Même à son propre détriment. Même au point de se nier.

Objectif des prochains mois (ou de toute une vie) : essayer de lâcher prise sur l’environnement, puis sur la culture de la performance.

Se pardonner d’être, tout simplement.

Puis jouir d’être, pleinement. Enfin.

One thought on “Printemps métaphysique”

  1. oui cest l’impermanence
    Cleomene , essayez Luis Ansa , « la voie du sentir » et autre , une approche du Feminin pour une voie qui devrait vous parler

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