Des siècles de liturgie ont donné cette fabuleuse propriété au latin de sacraliser tout ce qu’il nomme. En gardienne du calice, je suis le pilier de notre culte de la fécondité. Le porteur zélé de l’épée, Monsieur, connait très bien sa partition quand il est question d’amener le troupeau se désaltérer à la source. Il participe à l’office chaque soir en tenant le cierge. Il prépare, lustre, dilate et contente les voies du divin. Je n’ai plus qu’à me soucier d’atteindre la transcendance. Lui sait qu’il doit rester humble et apprendre à ne pas gâcher ses précieux dons.

Nous avions la même quête : trouver, ici-bas, un socle de pérennité, une force motrice à intégrer à nos vies. Notre couple donne un horizon à nos actes. À quoi bon se lever chaque matin et vivre pour soi ? Je n’ai pas d’énormes besoins, seule, et finalement l’ambition reste stérile, gouvernée par de petits motifs égoïstes qui ne me transcendent pas. Quel intérêt à prendre sur ses épaules la charge du pouvoir si ce n’est pour la gloire, pour renforcer son propre égo ? J’ai à mes côtés un homme fort, solide, indépendant que j’admire, respectueux et fier, par certains côtés. Il se lève chaque matin, il gère les tracas quotidiens et a déjà dû passer une série d’épreuve sans sourciller, sans se lamenter. Il est pour moi une source d’inspiration. J’ai envie d’être son égale, cela me challenge et me donne un objectif mesurable. Je sais que malgré l’éloignement, chaque jour, il œuvre pour moi et pour nous.

Sur son collier, je voulais ancrer quelque chose de beau, de fort et de fondamental à propos de nous. Sublimer le trivial par quelque chose d’abstrait. Je ne voulais pas d’une mention trop littérale et peu classe, comme « mon chien » ou « salope à… ». Voir plus haut, plus loin. Je voulais poser la première pierre de notre mythologie commune. Je lui ai fait la surprise de choisir pour lui. Ce fut « Pro domo nostra », littéralement « pour notre maison ».

La maison doit être prise dans son sens économique et politique.  Toujours penser matériellement à nous : amasser ensemble, travailler ensemble, mais aussi, s’il le faut (et il le faudra), souffrir ensemble. Et puis de manière plus large, plus figurée : toujours œuvrer dans notre intérêt. Faire primer le général sur le particulier, penser d’abord à ses devoirs plutôt qu’à ses droits, donner avant de recevoir. Je suis évidemment soumise aux mêmes principes.

Et en prime, contre son cou, sur l’intérieur du collier, se trouve une seconde inscription que nul ne peut voir, un prénom, calligraphié. Yann. Car ce collier si particulier, ce collier dont je rêve depuis si longtemps, ne peut et pourra appartenir qu’à une seule personne.

Nous l’avions commandé il y a environ un mois. Il nous a fallu quelques semaines pour discuter avec l’artisan, être sûrs de ce que nous voulions : il fallait réfléchir aux différentes inscriptions qui allaient s’imprimer dans le métal, peaufiner les derniers détails de ce qui allait nous unir. Deux bijoux d’appartenance, faits sur mesures.  Deux anneaux qui nous lient aussi sûrement que des alliances.

En réalité, l’histoire de ce collier remonte à bien plus longtemps. Cela fait déjà si longtemps que cette histoire a commencé que je ne pourrais pas donner avec précision son origine. Entre trois et quatre ans je dirai.

Je l’ai reconnu. Vous allez me trouver trop romantique, trop spirituelle peut-être. Je savais qu’un jour je l’offrirai à quelqu’un, et ce quelqu’un aurait intérêt à m’être cher.  Exactement celui-là, pas un autre. La première fois que je l’ai vu, je cherchais une idée de beau collier ; je flânais sur internet, sans but précis. Et en image est apparu ce qui fut pour moi le plus beau, le plus racé, le plus singulier des colliers d’appartenance que j’avais jamais vu. Je le voulais élégant comme un bijou, fin mais également reconnaissable. J’ai mémorisé chaque trait de ce collier.  Ce n’est que plus tard que j’allais le retrouver sur internet pour définitivement mémoriser la boutique et son vendeur. J’attendais patiemment le bon moment.

Quelques soumis ont défilé dans ma vie. Je les mettais à l’essai avec ce fameux collier à trois francs six sous que vous connaissez déjà. Un simple collier en paracorde, noir et sobre. Je leur disais « ce n’est pas encore un vrai collier d’appartenance ». Mon seul autre compagnon un peu sérieux, Nicolas, n’a jamais été touché par la symbolique du collier. Il n’érotisait ni ne symbolisait l’objet, trop dur à assumer pour lui. Avec les autres, j’ai joué. Mais dans le fond, j’ai toujours su que ce ne serait pas pérenne.

Et voilà qu’aujourd’hui mon futur mari porte un collier d’appartenance.

6 thoughts on “Pro Domo Nostra”

  1. Madame Cléomène,

    C’est au détour de lectures de quelques récits que j’ai découvert votre belle personnalité dominante sur fetlife, imprégnée d’une riche capacité d’émouvoir un soumis, d’ouvrir les chemins obscurs de sa pensée, par l’illustration de votre parcours

    Merci pour cette énergie révélatrice, cette capacité de transgression, et d’émulation qui nous est ainsi communiquée par vos mots riches et évocateurs. Le choix de ce collier, valorise à nos yeux la force de votre union. Le collier pose et officialise les règles que notre condition de soumis ressenti comme un besoin pour notre évolution.

    Merci pour vos pensées ainsi partagées, qui nous accompagnent dans nos rêves, dans notre quotidien, comme une substance nécessaire à l’alimentation de notre soumission

    Soumis Georges

  2. le cerveau comme usine a reves
    le plus gros et performant organe sexuel capable de transformer la moindre petite idée en
    scenario complexe ,vivant et bandant. et la , bravo Cleo le votre tourne comme une locomotive lancée a pleine vitesse; puissance et velocité. c’est comme un orgasme avant l’orgasme. et puisque c’est Yann alors :Alea jacta est.

  3. PS: (oui encore une latinade !!) si ce n’est deja fait, devorez le petit bouquin de sylvain tesson : »un ete avec Homere »
    double ps: tres jolie piece ,ce collier .simple et puissant.

  4. beau récit, et très très beaux collier, vous avez de la personnalité et de gout;;;je vous adore;Est ce que vous pouvez me dire svp, où vous l’avez achetez? ;;;je voudrais acheter le meme pour moi?;merci, à vos pieds;Céline

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