Hier ma femelle s’est envolée pour une autre ville de province où elle va résider huit mois pour raisons professionnelles. Ce déménagement était déjà prévu avant que nous nous rencontrions ; de toute manière, même si elle m’avait rencontrée avant, elle aurait été forcée de passer ces mois dans cette ville tant ce passage est essentiel à sa carrière. Je ne lui en veux pas, d’autant que cela a été posé en principe dès le début (tout comme a été posé en principe le fait que, la semaine, je verrai d’autres soumis si cela me chante). Cela est difficile pour moi de la voir s’éloigner et de ne pas pouvoir, presque chaque soir, m’endormir en la tenant dans mes bras. Puisque je suis du matin (mais pas elle), je me réveille souvent aux alentours de sept heures et demi ou huit heures, j’émerge rapidement en général. Alors, vu que je m’impatiente dans le lit (c’est ça, habiter en studio, si on se lève on embête forcément le ou les autre[s]). Je la câline et l’embrasse doucement, je la sens se trémousser contre moi. Quand ses mouvements deviennent plus francs et qu’elle ouvre les yeux pour me regarder, c’est là que je lui glisse un « Bonjour ma chérie », ce qui suffit généralement à déclencher un gros câlin. Enfin, je me lève et mets la bouilloire en route pour nous préparer un bon thé.

Je l’ai rencontrée il y a si peu de temps. Un vingt-sept avril au soir. Dès le vingt-huit nous avons commencé à vivre presque ensemble, à nous voir chaque soir ou presque. Au début il y avait encore Mulot, j’essayais de partager les soirs de la semaine, mais il a vite abandonné. Il voulait tout et ne supportait pas de me savoir avec un autre. Nous avons passé presque quarante-deux jours scotchées l’une à l’autre, loin d’être une période de jeûne ou de désert, ce fut une période dense. J’ai du mal à imaginer qu’il y a à peine plus d’un mois, je ne connaissais pas son existence. Je ne pensais pas revivre ces émotions avant un certain moment. Cette rencontre a un tel goût d’inattendu qu’il était plaisant de se laisser porter les événements, d’autant que nous savions que le temps était limité.

Je sais que ne pas se voir cinq jours n’est pas significatif, cependant l’habitude était prise. L’idée de prendre le TGV chaque vendredi et dimanche me fatigue. Je vais finir par mettre une tente à Montparnasse, entre le boulot et les quais de gare. Au moins, cet été, j’aurai le droit aux balades au soleil et à l’air marin, qui me manque sensiblement en Île-de-France. Les prochains mois vont être durs : entre mon entrée dans la vie active, mes premiers pas dans une multinationale du secteur financier, cette nouvelle relation et les problèmes de santé, j’aimerais être bien entourée.

J’ai commencé à revoir François, qui ne m’a en fait jamais vraiment quittée. C’est une relation qui dure, malgré son côté atypique. Nous nous voyons un soir par mois, parfois deux ou trois soirs les meilleurs mois. Parfois il y a des périodes de plusieurs mois voire de quelques années sans qu’on ne se voie (la plus longue période a quand même duré deux ans, mais j’étais à l’époque avec un garçon qui me forçait à la monogamie. Lorsque je l’ai quittée, mon premier réflexe a été de revoir François. J’ai alors vécu chez lui une semaine le temps de retrouver un nouvel appartement). On continue fréquemment de se parler. Je n’attends rien de particulier de lui ou de notre relation qui n’a pourtant rien d’un plan rapide ou d’une relation amicale plus poussée. Cependant, malgré les événements, dès que nous nous revoyons, la complicité est toujours la même. Il y a de nombreux baisers et une grande tendresse, basée sur la connaissance intime et rare que nous avons l’un de l’autre. Sans surprise nos corps dialoguent et nos envies, moi, primale, lui, petite femelle maltraitée, sonnent au diapason. Il m’a dit qu’il n’a vu personne depuis qu’il me connaît, même si ce n’est pas quelqu’un de grands besoins. Ce n’est pas le genre d’homme qui est très présent, c’est sa manière normale de fonctionner (et ça n’a pas toujours été évident à accepter, ça l’est encore pour moi, difficile, tant je suis quelqu’un qui aime le contact répété). De même, il a rarement parlé de ces fantasmes et de cette nature profonde de soumis. Je me sens en quelque sorte privilégiée, la maîtresse exclusive d’un ermite, qui sort de sa grotte pour m’honorer, à l’occasion, lorsqu’il renoue avec le culte. Cette relation dure depuis maintenant six ans. J’ai organisé une soirée avec mes deux femelles. Elles se sont bien entendues et se sont trouvées « mignonnes », ce qui a donné l’occasion de profiter de leurs deux corps. Nue, collée entre deux corps qui m’appartenaient, j’étais bonheur. Bonheur à en caresser l’un tandis que de la bouche je cueillais le bourgeon mammaire de l’autre. Bonheur d’ordonner à l’un de venir prier à l’autel de ma source tandis que je caressais la hampe de l’autre, bouches soudées à souffler au moindre contact de langue entre mes cuisses. Nous n’avons pas pu aller loin car les deux femelles, bien que totalement bisexuelles, sont passives. François est plus timide que mon Agathe, aussi il était déjà impressionnant de le voir se déshabiller devant une inconnue rencontrée deux heures auparavant. De l’eau a coulé sous les ponts en six ans. C’était mon premier amour. Je goûtai pour la première fois la force de me sentir attachée à quelqu’un et de sentir quelqu’un rechercher mon emprise. Plus simplement, j’ai goûté la joie d’entrer dans la vie de quelqu’un et d’occuper une certaine place, de compter pour moi-même. Il m’a faite grandir et franchir la barrière de la vie d’adulte. Cela a été une étape importante de ma construction.

Mon petit groupe, bien que disparate, m’apporte déjà beaucoup de bonheur. Le fait que les membres s’apprécient et acceptent ma nature me procure du soulagement. J’aurai encore besoin de quelqu’un de plus présent, la semaine. Cela me ferait plaisir mais je ne suis pas là pour brusquer les choses. Nous avons d’ailleurs rencontré, à l’occasion d’un munch, un autre jeune homme très sympathique qui nous a bien plu, aimant les jeux à plusieurs et la soumission. Je me sens suffisamment bien dans ma tête et dans mes envies, je les assume. Il est vrai que, malgré la santé, la vie m’offre des opportunités que je ne peux pas manquer (vie active, vie amoureuse, etc.). J’espère profiter de l’été pour me constituer un réseau amical solide et avoir du soutien en vue du mois de septembre. Depuis mon hospitalisation, j’ai perdu des amis. D’autres ont déménagé. Je n’ai jamais été du genre à courir les soirées étudiantes ou à aimer les ambiances surpeuplées des bars bruyants et enfumés. Je préfère les contacts suivis et disparates. J’ai un autre ami que je vois peu, tant il est occupé par sa vie professionnelle et familiale compliquée (parents dans le grand âge, soucis d’hospitalisation et de soins). Me sentir démunie me fait peur, de même que le fait d’entrer dans la vie active, même si cela me fait énormément plaisir en même temps car j’ai envie de m’investir et de mettre toutes les chances de mon côté. De par mon cursus universitaire littéraire, je n’ai cependant pas eu beaucoup de contacts avec le monde de l’entreprise jusqu’à présent, ce qui ne m’a pourtant pas empêché d’arriver à me vendre.

À bientôt pour de nouvelles aventures coquines.

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