Mes voeux

Si 2018 fut une année décisive, priorisant la vie professionnelle,  2019, je l’espère, accordera une plus grande place à l’accomplissement personnel. Non pas que l’année précédente fut dénuée de réussites privées : j’ai consolidé ma relation avec Yann, mon fiancé, j’ai déménagé dans un nouvel appartement (exit le studio étudiant !), je me suis remise à lire et même à écrire. Je vous ai fait part, au début de l’automne, de mon souhait de vous quitter et de quitter le milieu BDSM public.

J’avais besoin de temps pour moi pour me recentrer. Pour ne rien vous cacher, j’ai également passé des mois compliqués au niveau santé, ce qui a mobilisé l’essentiel de mon énergie.

Je vous souhaite donc une année 2019 paisible, qui vous donne la santé, la vigueur, l’énergie pour accomplir une foule de projets professionnels et privés ; mais surtout, une année pour vous accomplir. Car je pense sincèrement qu’être en accord avec soi, savoir dresser le bilan de ses forces et ses faiblesses, parvenir à faire le point, à un instant de sa vie, sur ce qu’on attend, sur nos besoins, sur les concessions possibles, offre l’opportunité d’avancer mieux, plus vite, plus efficacement.

J’ai à nouveau l’envie de consacrer davantage de temps à ce site, dont le contenu me touche. Je me suis beaucoup investie, beaucoup dévoilée, au cours de ces sept ans de journal intime. Vous avez été nombreux à me soutenir, formant au fur et à mesure une communauté discrète. Je suis toujours surprise de la portée de ce site pourtant confidentiel alors que je ne fais pas de publicité. Cela dit, qu’on ne s’y trompe pas, Le Repaire demeure un site de niche. Il n’y a pas de publicité, pas de système de rémunération : je crée le contenu, bidouille (modestement) la structure, j’administre, je tente de me protéger face aux périls du web (les spams, les hacks, les usurpations d’identités, malheureusement réels, qui entament régulièrement mon énergie ici), je paie le nom de domaine. C’est un travail à part entière, qui est réalisé avec l’aide d’un ami concernant la partie technique. Vous pouvez, vous aussi, contribuer grâce à un petit don anonyme, via Paypal (voir le lien soutenez-nous, sur le portail)

Je suis revenue sur ma décision de vous quitter. Je compte non seulement laisser le site en ligne, mais je compte recommencer à publier de nouveaux contenus.

Des origines, à sept ans après

J’ai l’impression que ce site joue son propre rôle et que mes témoignages, mes réflexions, peuvent avoir un intérêt pour un grand nombre de personnes. J’ai essayé de combler le vide que j’ai ressenti, il y a sept ans, lorsque j’étais très jeune, très naïve, très perdue, aussi, face à ma sexualité débutante et à ces envies que je ne pouvais assouvir. J’ignorais comment les intégrer à ma vie privée. J’avais besoin de trouver des témoignages de femmes dominantes qui ne soient pas des professionnelles ou tout simplement pas de purs produits de fictions (souvent imaginées par des hommes d’ailleurs). J’avais aussi besoin de lire des témoignages de gens qui vivaient leur sexualité BDSM, leurs envies, de manière équilibrée et en réussissant à mener de front une vie classique, si cela était possible. Car au départ, je me demandais effectivement s’il était possible de vivre des envies de dominatrice (et donc de soumis, pour leur compagnon), sérieusement, sans être marginalisés ou sans irrémédiablement dériver vers la pathologie.

En me confrontant à la réalité du terrain, heureusement, j’ai constaté que je n’étais pas condamnée à la frustration (si je souhaitais vivre une vie classique) ou à la marginalité (si j’acceptais ouvertement mes fantasmes). Qu’avec de l’huile de coude, et de la chance, on pouvait réussir à concilier sa sexualité et sa vie civile. C’est ce cheminement, parfois douloureux, rempli d’espoirs, de désillusions, d’amertume et de difficultés, que je vous ai partagé, sur le vif, des années durant.

À l’aube de 2019, le bilan m’émeut. Je suis passée par une série de transformations, de périodes, que vous avez suivies. Ce blog a servi de tremplin à ces transformations, il les a alimenté mais a également permis de les accompagner au mieux. De me souvenir, aussi. Parfois de comprendre, par l’écriture, ou en prenant de la distance, ce qui se passait en moi.

Au commencement, de 2011 à 2014, l’apprentissage. Vous avez assisté à ma découverte de la sexualité, à la fin de l’adolescence. La prise de conscience de mes pulsions BDSM et mes premières expériences, souvent décevantes, face à un milieu difficile à pénétrer. Je me suis partiellement construire à cette époque. J’ai compris mon corps, le fonctionnement de mon désir, j’ai fait des choix déterminants pour ma vie future, j’ai mené de front des études supérieures, je suis passée de la province à la capitale. Le temps des relations fondamentales, avec mes deux premiers vrais copains, François et Nicolas.

La précédente période s’est achevée sur une note douloureuse pour moi. Après avoir triomphé de ma sexualité, après avoir mis des mots sur mes envies puis être parvenue à  vivre mes fantasmes à mon échelle, à les assumer dans ma vie personnelle, vint la remise en question, de 2014 à 2017. Si découvrir mon corps et ma sexualité m’a demandée quelques années d’efforts, je n’étais pas préparée à devoir mener un type d’affrontement nouveau pour moi, qui se livre entre mon corps et ma psyché. J’ai développé une maladie, qui a eu énormément de répercussions négatives sur mon quotidien et sur mon moral. Je pense qu’elle m’a coûté ma relation avec mon copain de l’époque. Les médecins m’affirment que le mal est chronique ; j’ai passé de longs mois dans le déni, et donc dans la souffrance, en regrettant mon état antérieur. À vivre dans un corps que je n’arrivais pas à reconnaître, j’avais l’impression qu’il me trahissait, ma tête rejetait la chair, je la refusais, puisqu’elle n’était plus fonctionnelle. En clair, je dissociais, problème encore partiellement présent. Avec quelle insouciance je vivais auparavant, sans avoir conscience de la manière prodigieuse dont mon corps arrivait à fonctionner, seul, sans aide ! J’ai été forcée de m’endurcir, psychiquement, physiquement, de changer complètement de mode de vie, de revoir mes possibilités, mes priorités, mais aussi mes capacités. Je ne serai pas la même sans ce grand tournant de vie, qui a aussi changé ma future vie professionnelle. Je me suis transformée, sans doute en mieux sur certains points, en moins bons sur d’autres, j’imagine. Je regrette certains actes que j’ai pu faire, certains comportements, qui s’expliquaient par une douleur et une agressivité que j’extériorisais comme je le pouvais.

Ma maladie a partiellement entraînée la fin de ma longue relation et le début d’une prise de conscience : pour trouver un équilibre, j’avais besoin de vivre pleinement, d’approfondir mes désirs. C’est cliché, mais l’avenir est trop incertain pour ne pas vivre pleinement… Je ne parvenais plus à supporter les concessions d’une vie trop vanille. Il fallait que j’aille au bout de mes désirs, puisque je n’avais aucune raison de me limiter et que je n’avais pas honte de mes désirs. J’ai rencontré un nouveau partenaire, Mulot, qui, pendant 1 an et demi, a été mon soumis. Avec lui, j’ai pratiqué à des niveaux parfois extrêmes. Je me suis affirmée en tant qu’Amazone : j’ai eu besoin de découvrir, de tester mes limites, de transgresser mes propres codes. J’ai vécu sans entraves ma vie sexuelle, ce qui m’a permis de cibler mes besoins et d’approfondir mes envies. J’ai testé de multiples pratiques avec de multiples partenaires.

Je me suis intéressée à l’humiliation, aux subspaces, aux jeux de fluides, aux fétichismes, à l’uro, au scato, au candaulisme, au cocufiage, à la chasteté imposée, à la bisexualité « forcée », au travestissement, au masochisme et au sadisme, à l’animalisation, entre autres… Dans cette période de doutes, les déceptions furent nombreuses.

Je changeai souvent de partenaires, j’ai eu des difficultés à trouver des gens qui comprenaient mes pulsions ou assumaient les leurs. Davantage que dans les autres périodes, je me suis confrontée aux injonctions paradoxales de la société envers les individus, et aux névroses qui entourent les stéréotypes de genres. J’ai erré, il faut le dire. Je ne me fermai aucune porte, et m’intéressai à diverses manières d’appréhender le couple. Je transgressai ce qui pouvait l’être ; me déconstruire me servirait de tremplin pour me reconstruire, en tentant de trouver une unité qui n’était plus celle de mon corps seul.

Tarissement de la source

Mais j’ai ressenti également un grand vide, une grande plaie : malgré la profondeur du champ des pratiques, je manquais un niveau plus subtil de profondeur, celui de la profondeur de relation, de la connivence d’âmes. J’avais besoin de sécurité, de lien, de relation, d’intellectualiser. J’avais besoin d’un partenaire de confiance, sur lequel je puisse compter, et qui puisse m’appréhender comme une personne à part entière, tant dans ses envies, sa personnalité, sa culture et ses valeurs.

J’ai petit à petit compris quoi prioriser. J’ai eu l’impression de faire le tour global de la question, ce qui, in fine, m’a permis de revenir aux fondamentaux. L’âge et les responsabilités venant, j’ai eu besoin de vivre une relation plus complète, plus équilibrée, qui correspondait davantage à l’adulte que j’étais devenue. J’ai achevé mes études, j’ai commencé à travailler. J’ai rencontré en 2017 mon futur mari, Yann, mon Monsieur, avec lequel j’ai instantanément senti qu’une relation pérenne serait possible. J’avais et j’ai toujours besoin de sécurité, de vision commune d’avenir, de construction. J’ai entamé une vie plus conventionnelle, plus calme, mais dont la liberté sexuelle reste une valeur-clef. Avec lui, j’ai l’impression de redevenir une femme entière. La sexualité devient un outil puissant au sein de la structure d’ensemble : nous avons construit notre cocon, qui, bien que fondé sur le terre-à-terre de l’existence, tente de nous protéger de la routine et de l’ennui. La sexualité que nous forgeons ensemble nous sert à construire un espace intime, un cadre préservé, dans lequel nous pouvons expérimenter nos fantasmes, oser, donner libre court à notre animalité et à nos pulsions. La transparence est totale, ce qui me ravit, et pas qu’au niveau sexuel.

Prendre de la hauteur sur soi : nouvelle ligne éditoriale

Désormais, j’ai conscience que la partie journal intime est amenée à se transformer profondément. On ne peut pas être dans la découverte éternelle de la sexualité, car j’ai balisé un bon nombre de pratiques, j’ai compris ce que j’aimais et j’ai trouvé mon rythme. Des changements mineurs auront toujours lieu, mais pas à une cadence aussi soutenue qu’auparavant. D’autant que j’ai énormément changé. Je deviens plus méfiante vis-à-vis d’internet, je crains les répercussions de ces confessions alors que je vois la société se refermer petit à petit sur un consensuel aseptisé.

Mon projet est de continuer ce site, en me permettant d’approfondir le côté intime.  Je réfléchis à la manière de lui donner une nouvelle maturité, un nouveau contenu, plus en accord avec ce que j’aimerais vous transmettre maintenant.

La forme du témoignage est intéressante parce qu’elle me permet de distiller des éléments de philosophie par le biais de mon expérience subjective : je ne forge pas de dogme, je ne suis pas une gourou, ni une intellectuelle, je transmets une façon de voir les choses à la lumière de mes expériences passées. Elle est discutable, relative, elle trouve écho ou elle gêne, elle force à se questionner, sans jamais s’affirmer comme la seule et unique valable.

J’ai envie de me livrer sur d’autres points : ma maladie, la manière d’appréhender le monde, le travail, des concepts philosophiques, sans prise de tête.

Je pense sincèrement qu’à l’instar des animaux et de la nature, les destinées suivent leurs cycles et leurs saisons, avec des temps de pause, et des temps de courses. D’autres projets personnels viendront émailler ce site et renforcer le côté littéraire, qui, cela ne vous a pas échappé, est très important pour moi.

  • Le journal intime va devenir un blog plus général, axé sur des réflexions personnelles : sur la sexualité, évidemment, le BDSM, le couple, mais aussi les impondérables de la vie, sur des choses que je vis. Sur des choses qui me font réfléchir. Je veux ne me mettre aucune barrière.

  • La section Fictions comprendra mes récits, textes et lectures. L’érotisme et le BDSM resteront un thème central de mes écrits. J’espère donner corps à mes projets d’écriture.

En 2018, j’ai écrit une pièce de théâtre satirique sur le travail en entreprise. En 2019, j’ai démarré l’écriture d’un roman de science-fiction (qui fait 200 pages pour l’instant). J’aimerais devenir auteur, voire me faire publier un jour. La célébrité n’est pas ce qui me motive, car j’ai besoin d’écrire pour donner du sens à ma vie, un contrepoint intellectuel à une vie professionnelle que je vis davantage sur le mode de la nécessité. J’ai besoin de partager, de faire vivre des personnages, de m’accomplir à travers des histoires. J’aimerais pouvoir simplement donner un peu de valeur à ce que je fais : que mes écrits aient du sens pour moi et pour les autres. Publier un roman, un recueil ou des nouvelles sera un objectif de la prochaine décennie, car il faut avoir des rêves, nonobstant l’état du marché.

  • Enfin, la section Mignardises est une nouveauté : elle comportera ces milles riens, ces petites découvertes suaves qui donnent son sel à la vie. Des fragments de vie, qui ne sont pas des réflexions et ne tirent pas vers la philosophie. Une belle photo prise au détour d’une promenade, une playlist de lecture du moment, la chronique d’un livre aimé ou d’une exposition vue récemment… De quoi approfondir l’auteur, mais sous un autre angle !

Espérons que la nouvelle forme de ce site puisse encore vous apporter quelque chose et que notre histoire commune se pérennisera.

4 thoughts on “Rétrospective 2018 et plan décennal”

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