Lorsque j’ai rencontré Mulot, j’ai été plutôt étonnée qu’en m’énonçant spontanément ses limites, il me dise qu’il refusait le port d’une cage de chasteté. Il était également contre les tortures extrêmes, ce qui est plus habituel. Par contre, pour le scat, il avait déjà vaguement essayé et comptait essayer d’aller plus loin. La cage témoignait d’une difficulté typiquement masculine selon moi, qu’on retrouve chez la plupart des soumis.

La posture en condition sexuelle n’a aucune incidence sur la volonté de domination de l’homme. Déjà on peut être en position de soumis et être très actif ou complètement passif. Idem pour la domination. Une femme qui ordonne qu’on l’attache et qu’on la pénètre n’est pas la soumise de l’histoire si elle maîtrise le rapport de A à Z et qu’on obéit à ses désirs personnels, sans égard pour ceux de l’homme. C’est ce qui est compliqué avec la plupart des hommes : ils érotisent non pas la domination en tant que telle mais une posture voire, la plupart du temps, des pratiques. C’est un imaginaire qui les attire, imaginaire que je partage en partie.

Deux difficultés se sont présentées à moi lorsque j’ai commencé à dresser Mulot :

  • D’une part celui-ci établissait une barrière stricte entre ce qu’il estimait être le BDSM et le reste. Il avait des préjugés sur le sexe vanille. Je sais qu’il n’érotise pas du tout dans son imaginaire les pratiques standards, il s’est sans doute trop habitué à se masturber sur des vidéos de femdom, ce qui est loin d’être un atout. En n’ayant jamais de copine, il ne savait pas ce qu’était la tendresse ou le sexe en étant amoureux, ce qui demeure, selon moi, très sain et en rien condamnable. De toute manière il n’y a rien de condamnable à un échange de plaisir entre des personnes consentantes. Aussi il mettait de côté, avec un côté un peu pédant qu’on retrouve dans la communauté, les pratiques qui n’étaient pas directement liées à ses fantasmes. Lécher sa maîtresse c’est vanille, la pénétrer aussi. Lui lécher les pieds c’est BDSM. Il fallait que les pratiques soient homologuées et estampillées du label « kinky and co. » pour pouvoir être gratifiante pour lui. Aussi il estimait à une époque qu’on faisait trop de vanille car forcément il passait l’essentiel de son temps à me donner des orgasmes tandis que je négligeais de lui renverser ma poubelle dessus.

  • Le second problème découle du premier, et c’est là tout l’enjeu de cet article : Mulot, même avec ses fantasmes extrêmes et sa bonne volonté, n’était pas soumis. Dans le fond, même si ses fantasmes me permettaient de me satisfaire et de se mettre en position d’inférieur, ma position le satisfaisait et l’excitait. Il avait moins de bonne volonté en rentrant du travail. Bien entendu, il est sans doute souminateur comme tous les soumis de prime abord. Ils ne voient que la satisfaction de leurs fantasmes. N’étant pas un homme je ne peux pas imaginer leur manière de fonctionner, seulement la déduire de mes observations. Et même si je suis très libidineuse, lorsque je vois avec quelle énergie et quel entêtement certains hommes foncent dans le chemin de leurs pulsions, comment leur libido les aveugle totalement et leur donne un QI à deux chiffres, je constate que le problème est généralisé. Mais je ne crois pas à un déterminisme physiologique lié au cerveau alors que, lorsqu’on lit les textes du XVIIIe, on constate que l’homme est représenté comme l’animal de raison et de tempérance tandis que la femme, en éternelle mineure, instigatrice du péché, est dévorée par ses envies et n’arrive pas à se refréner. Serait-ce donc plus culturel ?

En évoluant j’ai mis le doigt chez Mulot sur son devoir, en tant que soumis, de prendre son plaisir à partir du mien. J’ai essayé durant de longs mois de lui faire intégrer qu’il n’y avait pas de pratique pure BDSM et d’autres pures vanilles, que seul le pouvoir que j’avais sur lui comptait et que sa soumission ne s’envolerait pas une fois qu’il m’aurait pénétré.

C’est bien le problème lorsqu’on n’envisage pas de cloisonner les relations et d’avoir un partenaire de vie « vanille », en dehors de ce monde, avec qui avoir une vie normale, un foyer, des enfants, et un soumis à côté. Il devient alors bien plus facile de séparer l’amour et le BDSM et de devenir une maîtresse sévère. Il devient ben plus difficile de rester une femme dominante et d’avoir tout, ou le plus possible, avec un homme soumis. En tant que femme, on ne peut se contenter d’un rôle sans quoi nous serions vite à bout de force tant cela demande d’énergie. La polyandrie tout comme le fait d’honorer toute ma personne, même de la manière la plus banale qui existe depuis la nuit des temps, sont des désirs qui me sont propres. Lehran a mis le doigt chez Mulot sur l’une de ses contradictions internes. S’il était à son point maximal de soumission, il devrait se réjouir pour moi et accepter le souhait de sa maîtresse de partager son temps auprès d’autres hommes. Mulot commence à peine à prendre conscience de ses paradoxes. Il fait d’incroyables efforts, je ne peux le nier, même si c’est loin d’être facile.

Pour l’instant nous sommes dans une période de transition. Petit à petit il se comporte davantage en soumis au quotidien. Il larbine davantage, il me donne plus de plaisir. J’essaye de lui faciliter les choses en le gardant dans un état d’excitation qui cependant devrait être inutile auprès d’un véritable soumis (un mythe ?). Aussi nous commençons à voir la manière d’intégrer la cage de chasteté dans notre vie. Pour l’instant j’hésite entre la cage en acier, plus hygiénique selon moi, plus esthétique selon nous deux, mais également plus lourde tandis que la holytrainer, modèle plastique, s’adapte parfaitement à sa morphologie et aux érections. Elle a prouvé sa fiabilité durant son déplacement mais reste, comme toutes les cages en plastique, très laide et favorise la macération. Pour l’instant je songe à jongler entre les deux avant de me décider. Il y prend goût, mais il a du mal à tenir sur la durée et a encore besoin de ses orgasmes et de sa petite queue. Inutile phallocentrisme. Le maximum qu’il ait tenu pour l’instant fut de cinq jours, en déplacement. J’avoue que malgré une petite irritation, il a su tenir pour moi même si la délivrance a été pour lui un grand moment. Ce n’est qu’en position d’inférieur et d’homme dégradé qu’il éprouve un assez fort sentiment de soumission (qui va de pair avec l’excitation) pour me laisser gouverner mon royaume comme je l’entends.

Cependant dès que l’excitation s’efface, l’homme revient et le caractère sanguin aussi. Mulot me reproche rarement des choses directement. Je lui reproche par contre d’être trop impulsif, et à bien des égards de se comporter parfois comme un enfant, à me faire des crises lorsque j’agis contre ses directives ou ses envies. C’est un des rares points négatifs de son caractère. Avec son immaturité affective, à sacraliser l’union monogame et l’amour, puisqu’il n’a jamais eu de relations. Il ne comprend pas que la beauté de ce que l’on vit ne rentre pas en concurrence avec ma volonté de vouloir des amants ni d’aimer tomber amoureuses d’autres hommes. J’espère que le temps le rassurera.

Je sais que la bataille est loin d’être gagnée lorsqu’en voiture, il me demande si la force de notre relation, qui ne cesse de se consolider, ne rendrait pas caduque ma recherche d’autres partenaires. J’ai l’impression, parfois, d’avoir affaire à un mur. Et parallèlement à cela, excité, il embrasse de lui-même d’autres garçons et m’enjoint à jouer avec eux, sans doute pour me faire plaisir. Il accepte de porter ma cage. J’espère bientôt parvenir à lui faire percer les tétons.

3 thoughts on “Sous clef – les paradoxes du désir de soumission masculin”

  1. Merci pour ce post très intéressant et instructif.
    Effectivement, le passage du fantasme au réel est très compliqué pour le soumis, le fantasme n’étant conditionné que pas son plaisir alors qu’au réel, c’est celui de sa Maîtresse qu’il doit rechercher. Alors soit cela passe par des envies communes, soit il faut qu’il évolue dans sa façon dep enser et de vivre la soumission.
    L’essentiel est pour le soumis de bien savoir et comprendre ce qui plaît à sa Maîtresse (voire même pourquoi) ce qui peut l’aider à évoluer dans le bon sens.
    Le rapport entre la seuxalité et la soumission peut aussi être particulier, en fonction de la vision que le soumis peut avoir de l’acte sexuel. Car là aussi, le plaiisr de sa Maîtresse doit rester sa priorité.
    La cage de chasteté est donc un bon outil pour permettre au soumis de se concentrer pleinement sur le plaisir de sa Maîtresse en espérant que cela lui permettra d’avoir la délivrance comme récompense. Un peu le principede la carotte et du baton en fait. Il y a aussi une dimension psychologique forte à remettre son plaisir entre les mains de sa Maîtresse.
    En tous cas je Vous vois en très bonne voie et espère que Votre relation va continuer à se développer.

  2. Mes hommages Madame Cleomene,

    A titre liminaire, je me dois de Vous dire que c’est un plaisir de Vous lire au regard de la qualité rédactionnelle de Vos écrits désormais trop rare.

    La problématique soulevée par cet article est pour le moins essentiel en ce qu’une relation D/s repose sur une Emprise Cérébrale dont l’assise repose à mon humble avis pour beaucoup sur la chasteté.

    Soyons clairs un male reste un male tout soumis qu’il soit (de manière putative ou réelle) car un mâle n’a à la base qu’une idée en tête …. obtenir son petit orgasme (en général malgré tout très fugace) et s’inscrit (dès lors qu’il n’est pas sous contrôle dans une petite stratégie n’ayant pour seul objectif que de l’obtenir.

    L’orgasme du male est finalement très primaire et il ne comprend pas à la base pourquoi il aurait tout intérêt à avoir une approche beaucoup plus féminine de l’orgasme.

    Et oui, les Femmes qui ont déjà des qualités bien supérieures au vrai sexe faible ont à mon humble sens une qualité et une intensité d’orgasme bien plus élevée que les males (même s’il est sans doute plus difficile à atteindre.).

    La cérébralité, par opposition au caractère mécanique de celui du male, semble en être la pierre angulaire.

    Le mâle a donc tout intérêt (malgré la difficulté évidente car je peux aisément me reconnaître dans l’adepte de la masturbation devant des vidéos de Femmes dominatrices) a être mis sous cage pour laisser la porte ouverte à sa cérébralité et son imagination.

    Finalement, la Dame rend un réel service au male en le laissant sous cage (on pourrait parler d’acte d’amour) car non seulement Elle le laisse dans un état d’excitation latente permanente qui lui permet d’exercer son contrôle mais encore Elle améliore la qualité du potentiel orgasme à venir empreint de plus de cérébralité.

    Pour le surplus, savoir la difficulté pour un male de d’associer relatio D/s et amour profond, cette problématique n’est à mon sens pas différente de celle d’une relation dite vanille.

    L’alchimie dans une relation vanille suppose une vraie alchimie de peau et intellectuelle, outre de la conversation.

    Dans relation D:/s, il y a relation donc l’alchimie de base qui préside à toute relation vanille est une condition nécessaire mais insuffisante.

    A cette alchimie nécessaire doit certainement s’ajouter une véritable alchimie dans la vraie cérébralité pour laquelle la chasteté constitue à n’en pas douter un élément substantiel pour progresser côté male.

    Cela fait d’une relation D/s, quelque chose de beaucoup fusionnel et puissant.

    Mon soliloque (bien long je le concède) n’engage que moi mais j’avais envie de donner mon point de vue. à ce sujet en complément de Votre merveilleux article.

    Merci encore pour ce travail de qualité, Vous adressant mes respectueuses salutations et mes cordiales salutations à Votre Propriété.

    alexandre

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