Ton corps étendu sur le draps me nargue par l’impertinence de ses courbes. La chaleur délicate que dégage un grain de peau clair parsemé de poils sombres m’appelle. Je ne vois que ta nuque et les ondulations de ta crinière sombre. Si beau malgré tes chairs molles. Mes ongles ont nappés ton dos d’un coulis rouge, légèrement boursouflé, comme auréolé de parme. Mais ce n’est pas de leur faute si tu te tends. La peur te guette. Même alangui, tu sembles prêt à bondir à la moindre menace. Ton plug à fourrure fait ressortir le roux de ta barbe. Mon évidence, tu n’es plus rien qu’un petit carnivore. Sous ta douce fourrure et tes lèvres étroites se cachent une rangée de canines qui savent mordre au moment opportun. Ma nuque se parsème d’ondulations carnées.

Tu as infiltré ma vie, brisé ma méfiance, écrasé mes certitudes, ébranlé ma fierté, foulé aux pieds mon masque. Pour ma plus grande joie. Tu as peur, je le sens. On s’est tourné autour, reniflé, sondé l’un l’autre. Chacun s’est senti contraint à baisser la garde. Chacun a abdiqué avec douleur et délice tout à la fois. Foudroyés par l’évidence, abattus d’une fulgurance qui nous a empalé de part en part, proprement. Mais qui est tombé sur l’autre ? J’ai déjà oublié. Nous imprimerions notre silhouette sur papier sérigraphique même dans la nuit tant nous irradions. C’est bien tout ce qui compte.

J’ai failli ne pas venir, ce soir là, te chercher à la gare. J’ai failli hésiter. J’ai failli manquer de courage ; comprends-tu, j’avais peur que tu ne me trouves pas attirante. Que ce soit trop tôt. J’en avais pourtant terriblement envie, je désirais être moi-même, céder à l’élan qui me tiraillait. Avec toi c’est viscéral, dès le début. La première nuit tu m’as empêchée de dormir. Je ne savais pas ce qui me tenait éveillée. Je n’étais pas tranquille, comme une hypocondriaque qui entrevoit le spectre du cancer. Ça me tiraillait, ça sourdait dans ma chair. Et en même temps je me sentais démunie d’être si bête. Je crevais d’angoisse que mon imagination ait encore fabriqué un de ces rêves lucides dont j’ai le secret. Tu étais un mirage lointain, tout au plus un vague fantasme adolescent. Un potentiel plutôt qu’un éventuel.

J’avais si peu de temps avant de devoir me séparer de toi. J’avais déjà envie de toi. Il fallait que je te marque. Dans ma tentative désespérée, je devais te donner le courage de venir, le lendemain. Alors j’ai pris ma main, puis mon courage (pas forcément dans cet ordre), encore une fois. Ce fut encore plus dur la seconde fois. Et malgré ta pudeur, j’ai posé un peu brusquement ma main sur ta cuisse. Elle était si fine à travers le pantalon ; mes doigts, puisqu’ils dépassaient, n’avaient d’autre choix que de t’enserrer fermement l’aine. Aussitôt, par réflexe, j’ai sorti les ongles. Mon sourire tentait de voler la vedette à mes pupilles défiantes. Tu as frémi, imperceptiblement. Tes yeux ont exprimé un grand trouble. Pourtant tu ne m’as pas dégagé, tu es resté ainsi, le regard fixe, au milieu de mon front. Tu m’as transpercée. Tu n’as plus rien dit. Mais j’ai vu tes yeux te trahir. Ou plutôt, pas tes yeux, mais la fine peau qui les borde. Ta paupière t’a trahi. Elle est descendue avec douceur le long de ta pupille humide comme une jarretière qu’on fait glisser. Tes yeux n’étaient plus qu’une mince ouverture sombre. Pupilles d’ébène sur marbre blanc. La barricade de tes lunettes ne fut, cette fois-ci, d’aucun secours. Derrière l’intellectuel, je flairais l’animal discrètement fébrile.

Maintenant, au bout de quatre jours, nous sommes là, ensemble. Mes ongles ont nappé ton dos d’un coulis rouge, légèrement boursouflé, comme auréolé de parme. Ta chair molle et douce m’appelle, ta respiration m’indique ta peur, mais ton corps, lui, me prie de te posséder. Tu es près de céder. Tu t’abandonnes à celle qui pourrait te détruire. Mais c’est ici un irréel, tu le sais aussi bien que moi. Le risque est maîtrisé, même si le risque nul n’existe pas. C’est d’ailleurs ce qui t’excite. Ma main, si elle frappe de la paume ton cul, ne désire pas tant meurtrir ta peau que lui transmettre la chaleur de l’étreinte à venir. Je te communique par mes aller-retours énergiques l’émotion de mon bas-ventre. Ces aller-retours que j’espère être les tiens lorsque, chevauchant le faiseur, je viendrai me souder à toi. Les deux embouts d’une même flûte soudée au coin d’un même bec. Je prends possession de ta chair en commençant par le cul. Je fouette le sang, qu’il remue davantage le bas-ventre. Qu’il gonfle davantage ce sexe pressé contre le matelas.

J’alterne, je zèbre, je mords. Le tout entrecoupé de caresses et de griffures, tantôt les interludes à la douleur, tantôt le prélude à plus haute jouissance. Lorsque tu contractes les grands fessiers, je sais que je suis trop prévisible. Alors je remonte, j’embrasse fourbement cette épaule ronde qui voisine ma bouche avant de me remettre à la tache. La peau de l’homme est douce comme celle d’une jouvencelle. C’est qu’il s’agit de sa première. Il tremble autant de plaisir que d’inquiétude à l’idée d’abandonner la rambarde. Il est tout prêt à basculer face à la paume d’une femme de sept ans sa cadette. Je ne vois de ton visage que tes favoris. Tu couvres ton visage avec tes bras. Tu ne me regardes pas, car tu regardes à l’intérieur de toi. Ce trou qui palpite t’effraie. La boite s’est ouverte, seul toi sait ce qui miroite à la surface de tes eaux. Pour le grand voyage, tu ressens le besoin d’un guide. Tu as besoin de moi, de sentir ma tendresse en même temps que la sauvagerie de l’animal. Mon autre main, près de toi, est prise en siège. Comme une araignée, la tienne vient la couvrir et replier ses pattes. C’est avec joie que j’accepte l’étreinte. Tu me serres fort, au rythme des palpitations de ton cœur et de mes coups sur tes fesses rouges. J’aime sentir que tu as besoin de moi. Tu t’appuies sur moi. Nos mains deviennent le cordon ombilical de nos émotions. Tu me communiques tellement à travers cette étreinte. Je me souviendrai toujours de cette main qui s’agrippe à la mienne. Elle me crie tant de choses.

La cravache te fait échapper des soupirs grinçants. Mes mains reviennent te caresser durement. Ta peau blanche se rebelle à en rougir. Le carmin va aussi bien à ton cul qu’à tes lèvres. Cela devient difficile de t’entendre endurer. Ce n’est rien, pourtant dans le fond cela me trouble. Et si mes douceurs te déplaisaient ? Et si je n’arrivais pas à te faire aimer le vice ?

La chaîne se brise. Je me colle contre ton épaule, ma jambe passe au-dessus de ton cul cuisant. J’embrasse ta nuque avant de te fixer. Tout doucement, la paupière fermée, le nez puis le menton viennent se révéler à la lumière du plafonnier. Une petite coulée d’ectoplasme macule ton œil rouge et ton nez.

C’est la découverte. La rondeur de tes joues accueille une minuscule perle larmoyante. Elle reste figée, comme en équilibre, prête à dévaler les courbes de ton visage. Si tel est le cas, je viendrais recueillir le joyau à la pointe du menton. Mon cœur bat trois temps de trop. Je vois un corps et une âme vulnérables. Je vois un homme beau. Tu es prêt à m’accueillir en toi. Tu l’ignores, pourtant c’est toi qui me possède. Je suis faible, je ne résiste pas. Il faut que je t’enserre de mes bras. Il faut que je te couvre de baisers. Dans le creux de ton oreille, je dépose la litanie de notre rituel de réconfort.

Tu penses qu’à ce moment, j’invoque la quiétude. Tu te trompes. C’est l’amour.

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