C’est toujours sans préméditation que le meilleur arrive. Cette soirée, jamais je n’avais prévu d’y aller. Il avait suffi qu’un soumis dans mes contacts m’en parle, me dise avoir pris sa place et me transmette le lien pour que Mulot soit tenté d’y aller. J’ai saisi l’opportunité, sachant par avance qu’il serait plus facile et plus rassurant de se retrouver à trois qu’à deux. Ce serait d’autant plus facile que le jeune homme en question avait notre âge et, du coup, semblait sérieux dans sa démarche de soumission et sympathique. Je le connaissais à peine mais je n’avais pas d‘a priori négatif sur lui. Nous discutions rarement. Jamais il n’avait été pressant ou trop sexuel, il était humain, simple. Je ne me rappelais même pas de son visage, c’est dire la fréquence de nos contacts.

Cependant, quand il est arrivé chez moi, l’atmosphère a tout de suite su se créer entre nous. Moi et Mulot nous préparions. Nous avons bien vite ri et nous sommes préparés ensemble. Mulot, au départ gêné à l’idée de se déshabiller devant un autre homme, a réussi à être mis à l’aise. Nous nous connaissions à peine, pourtant cet homme parlait avec naturel de ses expériences de soumissions, de son goût pour l’anal et de détails intimes qui poussèrent Mulot à le retrancher dans notre camp. Il était très communicant et très drôle. Je sais que la partie est gagnée lorsque, dans la cuisine, Mulot vient me retrouver et me souffle à l’oreille : « Il me plaît ; physiquement, il n’est pas plus que ça mon type, mais il est très cool. Je crois que je pourrais lui sucer la queue. » Je souris : cette confidence m’enchante. Je m’empresse, l’air de rien, alors que je passe près de notre invité, de lui murmurer que Mulot le trouve attirant. Lehran est à l’aise, il rit mais pas de gêne. Aucun des deux garçons n’est franchement bisexuel, seulement ouverts, joueurs et pas sclérosés par des stéréotypes. Lehran me dit qu’il l’apprécie franchement, qu’on sent que c’est quelqu’un de bien, sincère dans sa démarche. Je suis étonnée que les choses se passent si bien. Lehran aussi me plaît, bien qu’il ne montre pas autre chose que de l’amical envers nous. Je pousse le bouchon jusqu’à lui prendre le bras en bas de mon immeuble, alors que nous gagnons la voiture pour partir pour la soirée. Il ne se défile pas mais je sens que le contact l’intimide. J’ai le sentiment que je ne lui plais pas plus que cela. Je reste fermement amicale.

Nous avons continué de faire connaissance dans la voiture, puis dans un bar. Les garçons n’aiment pas la même chose au niveau soumission, ils sont très complémentaires. Lehran aime un peu la dégradation et énormément l’anal. Mulot est son négatif. Chacun comprend les déviances de l’autre. Je suis surprise d’apprendre que Lehran cherche à entrer dans un réseau polyamoureux BDSM. Mon intérêt se décuple quand je comprends que sa vision est extrêmement proche de la mienne. Vivre en communauté, des relations équivalentes, sans hiérarchie, sans prise de tête. Je le sens posé et pas possessif. Cela m’intrigue. Il est de plus loin d’être stupide. Autant dire que je passe un très bon moment dans cette voiture. La musique nous excite, la perspective de la soirée aussi. On a tous très hâtes.

Lorsque nous arrivons, la magie opère. J’ai beau n’avoir qu’une laisse, jamais nous ne nous séparons de toute la soirée bien qu’aucune directive n’ait été donné à Lehran. Il n’est théoriquement pas mon soumis, il a le droit de chercher une domina et d’aller jouer ailleurs. Il ne fait, après tout, que nous accompagner. Je ne sais plus quand a lieu le premier contact physique. Je suis étonnée d’apprendre que je lui plais. Il avait besoin d’un peu plus de temps. Notre complicité ne fait que s’exacerber durant la soirée. J’aurai dû voir un signe lorsqu’en descendant les escaliers, une femme nous aborde en me félicitant d’avoir deux soumis. Quelle chance j’ai. Je ris en me disant qu’elle ignore que c’est également mon rêve, que ce dernier me tourmente la nuit et que j’aimerais bien qu’il en soit ainsi. Mulot supporte très bien la compagnie de son camarade qui partage avec moi des moments tendres et des moments de soumission. Mulot accepte de boire la pisse de Lehran, de se faire cracher au visage par lui et de lui céder un de mes pieds sales à nettoyer. Au sol, l’un à ma droite, l’autre à ma gauche, je suis contente de me faire simultanément lécher les pieds. Lehran est protecteur également. Lui et moi veillons à Mulot lorsque je le prête à une autre femme. Il l’observe de loin. Il me dit lorsqu’un homme me prend trop d’attention et se montre lourd ou embête Mulot. Il est fin psychologue. Il le connaît depuis deux heures mais il sait lire lorsqu’il est ennuyé par un détail.

Deux scènes, quoique différentes, se détachent parmi la soirée.

Je me souviens avoir emprunté la cravache d’une autre dame afin de marteler les rondeurs pleines de Lehran. Naturellement, Mulot a demandé à s’allonger sur le sol afin de me servir de paillasson tandis que je châtiais délicieusement son camarade. Je me souviens avoir été totalement, absorbée par ma tâche, veillant à bien frapper les fesses de Lehran, à les faire rougir et à les zébrer de manière homogène. Quelques curieux sont venus m’aborder afin de discuter, de commenter ou de me féliciter. Lehran était appuyé contre le mur, je voyais ses yeux fermés et je devinais sa respiration lente. Il faisait abstraction de l’environnement. Dans notre bulle, plus rien ne nous atteignait. Je rester persuadée que Mulot, relégué au statut d’objet, était des nôtres également. Ce n’est que lorsque je suis redescendue que je me suis rendue compte qu’un quatrième larron avait profité de ma concentration pour venir me lécher les pieds. Je l’ai chassé rapidement, un peu énervée. Il remontait dangereusement le long de ma cuisse, je ne l’avais pas même senti tant j’étais absorbée dans mon ouvrage.

À côté de nous se trouvait une cage où un homme un peu bavard venait d’être enfermé. Du genre gentil brat un peu turbulent. S’ensuivit une conversation entre lui, moi et sa nouvelle dominante, une grande femme élégante un peu perdue dans son nouveau rôle. J’ai échangé des conseils avec eux. Le soumis avait envie d’essayer le trampling, il voyait que je prenais beaucoup de plaisir à marcher sur Mulot puisqu’il avait assisté depuis son replis à toute la scène. Alors j’ai proposé à la femme de m’accompagner. Mes deux garçons, côte à côte ainsi que son soumis ont formé un triangle de corps. D’autres soumis et dominae nous ont entouré et nous prêtaient tantôt leurs mains, tantôt leurs épaules afin que nous gardions l’équilibre. La femme, bien plus grande, et de fait plus lourde que moi, avait peur de faire mal aux hommes. Je lui montrai en sautant à pieds joints sur Mulot que « ça passe sans soucis », je l’aidais à positionner ses pieds afin d’avoir le meilleur appui possible. Nous nous sommes retrouvées à deux sur Mulot puis sur son soumis, elle au niveau des omoplates, moi des fesses, endroit un peu plus délicat à appréhender. Le plaisir était partagé des deux côtés, la femme a trouvé l’expérience ludique. Lehran s’est prêté au jeu avec amusement. Mulot a enfin pu vivre les joies de prêter son corps à deux belles jeunes femmes.

Le second moment, quoique bien différent, fut simplement beau. La soirée était bien entamée, nous nous sommes reposés sur un canapé, dans une salle annexe. Mulot avait été chamboulé, il avait eu peur ; lui, pas maso pour un sou, avait été un peu frappé durement par une femme. Elle avait dangereusement frôlé ses limites. Il était venu se réfugier dans mes bras où j’avais essuyé ses larmes et m’était répandue en excuses. Lehran avait été adorable, lui cherchant à boire, le rassurant du mieux qu’il put. La tempête passée, le petit Mulot était resté sur mes genoux, mais il avait tenu à inverser les rôles pour me servir de support et m’embrasser le cou, reprenant sa position de meuble humain. Je lui baisais tendrement le front tandis que Lehran était à mes pieds, devant le canapé. Spontanément, il est venu embrasser mes cuisses. Mes jambes se sont enroulées autour de son cou, le pressant contre moi. Nous attirions quelques regards à nous embrasser l’un l’autre et nous câliner avec douceur. Peu de gens savaient que je venais de rencontrer Lehran quelques heures auparavant. Nous avions simplement échangé une bière afin de faire connaissance et d’être plus à l’aise en soirée. Il avait lu mon blog, bien évidemment, cependant nous parlions très peu sur Skype, échangeant des bribes de conversations éclair, pas plus de quatre dans un mois. Je ne sais même plus quand je l’ai ajouté à mes contacts, c’est dire. Je n’avais pas même planifié de le rencontrer en vrai un jour, sans être fermée à nos discussions.

Mulot était à mes pieds, comme d’habitude. Lehran s’était posé à côté de moi. Spontanément un autre homme soumis est venu discuter avec nous. J’ai posé mes pieds sur le dos de Mulot qui s’était positionné tel une table basse devant nous. Lehran l’a imité, puis ce fut au tour du second homme. Nous étions donc trois paire de pieds sur Mulot qui n’a pas rechigné, heureux d’être dégradé de la sorte et de se rendre utile.

Il y a quelque chose. Nous ne sommes plus trois personnes différentes mais un groupe. Il y a une cohésion qui s’est formée, une entité supérieure à la somme des seuls individus et qui fait que nous avons une légitimité par rapport à l’extérieur. Nous nous rapportons et nous appuyons aux autres membres du groupe. Lehran ne semble pas être jaloux de Mulot. Il accepte mes sentiments pour lui et apprécie mes faveurs. Le premier baiser et les suivants sont naturels. Je ne me pose aucune question. Je savoure.

Le retour est plus compliqué. La fatigue tiraille Mulot dont les penchants monogames planent dangereusement. Il marche bien en avant et me laisse avec Lehran. Nous sommes lucides. Quelque chose va me tomber dessus. Lehran n’est pas gêné d’être entre nous deux, cette intimité ne le dérange pas, ce qui m’étonne. Nous finissons à trois dans le même lit, moi entre deux beaux garçons que j’apprécie et que je désire. Il est difficile de se décider à qui donner mes faveurs. Je suis ennuyée de sentir Mulot si tendu et en même temps si excitée d’avoir à disposition deux corps vigoureux et soumis.

Même seule avec Lehran, Mulot est un sujet de conversation fréquent. Cela fait quarante-huit heures que je le connais. Il me demande le numéro de Mulot, afin de pouvoir discuter de soumis à soumis, d’homme à homme et de le rassurer. Il est même prêt à nous inviter tous ensemble chez lui, Mulot compris. Je reste bouche-bée tant la proposition me paraît incroyable. Comment surmonter cela ensemble, comment aider Mulot dans sa transition. Il me dit ne pas avoir imaginé un jour se retrouver dans une situation de dynamique à trois, et surtout il ne pensait pas qu’il pourrait ressentir quelque chose pour deux personnes, sentir une dynamique particulière et précieuse se nouer. Car il appréciait Mulot et lui voulait du bien, il voulait que cela marche, pour moi d’une part, pour lui également car la présence d’un camarade permettait des possibilités infinies.

Je n’attendais rien. Je n’imaginais rien. Je subis les paroles de Lehran comme s’il me parlait mandarin.

La situation dépasse mes plus folles espérances, je crois que sans le savoir, je suis tombée sur une perle.

Nous trois au bar
Nous trois au bar

 

One thought on “Triquetra”

  1. Merci pour ce récit.
    En espérant que cet essai réussi soit transformé pour votre plus grand bonheur et plaisir à vous trois.

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