Monsieur a eu besoin de temps pour affirmer sa soumission. Son cheminement a alterné au gré des mois, plus rapide lors des bons mois, lorsque le travail ou les problèmes extérieurs ne nous phagocytaient pas trop, plus lentement en période de crise, et parfois pas du tout, avec même des périodes de stagnation qui avaient des airs de marche arrière. Parfois c’était moi qui avais aussi besoin de souffler, de mettre un peu la machine sur pause. Car on lit beaucoup de choses ailleurs, mais au quotidien dominer ardemment quelqu’un deviendrait presque un second travail, pour peu que le soumis soit à prendre en charge hors du lit. Ce n’est pas le cas de mon mari, puisqu’il s’agit, dans la vie civile déjà, de quelqu’un d’extrêmement autonome. L’aspect prise en charge de ces pratiques ne l’intéresse que moyennement (et c’est tant mieux). Je le sens davantage poussé par un respect des femmes et un dégoût de ces hommes qui les dominent. Un respect esthétique et moral envers certaines femmes, parce qu’elles lui semblent si élégantes, si fortes et douces à la fois. Il nous est rarement arrivé d’uniquement faire l’amour car nous ponctuions généralement toujours nos ébats de mots crus, de scenarii que nous nous susurrions à voix basse. Toujours sur la base de nos trop nombreux fantasmes communs.

Il y a quelques mois j’ai éprouvé un besoin plus vif de me vider la tête en semaine, après le travail, chose que je ne faisais presque jamais auparavant. Nous avons beaucoup profité des soirs ensoleillés pour découvrir un tas d’activités et de restaurants nouveaux. Nous avons également rencontrés de nouvelles personnes, dans un cadre amical, par le biais de sites de sorties. Toute cette dynamique a éveillé une partie de moi que je croyais, naïvement, assagie. Mais peut-on vraiment taire ces désirs lorsqu’ils ont coïncidés avec la création de son identité personnelle ? Je ne suis pas mes fantasmes mais ils font partie de moi. Et surtout mon mari ne m’oblige pas à les réprimer, bien au contraire, parce que nous les partageons et nous finissons par nous entraîner l’un l’autre sur la pente du vice.

J’ai eu envie de rencontrer du monde en-dehors de mon couple. À nouveau, les fantasmes de polyandrie, de pluralité, m’ont tentée. J’ai rencontré un garçon polyamoureux, plutôt dominateur, qui est devenu un ami mais dont le mode de vie m’a évidemment rappelé deux ans en arrière. Je ne suis pas non plus fermée aux femmes mais elles me semblent, malheureusement, moins accessibles. J’ai mis des annonces sans réussir à trouver quelqu’un qui correspondait à mes envies. Mon mari, plus exclusif mais pas franchement jaloux, a eu un bref moment de stress avant de se rendre compte que je ne lui forçais pas la main et que j’étais très heureuse de toute façon, que j’avais simplement besoin de me sentir un peu de liberté. Par hasard, un ancien soumis m’a contactée pour prendre de mes nouvelles. Nous nous en donnons une fois par an environ. Nous avons commencé à nous amuser virtuellement. Il est bisexuel et cherche, semble-t-il, à être soumis à un couple. Il accepte tout à fait le fait d’être avec une femme mariée puisqu’il cherche justement une relation pas aussi engageante qu’une relation de couple standard. L’idée me plaît. Cependant l’articulation devrait se faire en douceur. Cela me semble un gros chantier et je ne suis pas encore sûre de donner suite. J’aime prendre mon temps. Si les fantasmes n’ont pas changé, ma posture, elle, s’est complètement transformé. Je me rends compte que l’idée de polyandrie m’excite bien plus que sa réalisation effective, tellement je suis bien dans mon couple actuel. Cela ouvre les champs des possibles, cela autorise de nombreux jeux, des scenarii virtuels.

J’aime envoyer des messages le soir à ce soumis, dans le lit, tandis que mon mari jette un regard en biais sur mon écran en souriant. Je lui montre les photos osées que je lui envoie. Je lui lis certains de mes fantasmes. Et nous faisons follement l’amour. Il se cale sur mes envies. Il s’amuse à me parler d’amant délicat qui contenterait mes trous. Parfois il se voit en cocu humilié, remplacé en quelque sorte, par plus sensuel. D’autres fois il est à égalité voire se comporte comme l’homme actif qu’il est et relègue l’autre au stade d’objet multiusages : lécheur de chatte, racleur de cul, baiseur de pied, et, si chanceux, petite bite à moitié molle plantée dans ma chatte ou mon propre cul, pendant que mon mari s’impose de toute sa présence dans la chambre contiguë.

J’ai relancé la machine. La soumission de mon mari, en ce moment, s’implante plus profondément dans notre quotidien, bien en-dehors du lit. J’ai beaucoup à vous raconter. Notamment les bienfaits de la chasteté sur son conditionnement et son dressage. La perspective m’enchante. Je deviens plus confiante pour un avenir pluriel, riche de rencontres et de nouveautés, mais ponctuant intelligemment la vie et le socle que j’ai construit avec tant de soin !

One thought on “Zoom arrière”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *