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Le sexe peut-il être une religion ? Le Repaire des Amazones

Le sexe peut-il être une religion ? Cette question sonne comme une blague tant le sexe et la religion nous paraissent incompatibles. Après tout, les moines, yogi et autres garants des religions ne doivent-ils pas demeurer chastes pour atteindre le plus haut degré d’illumination ? Cependant, quand on s’y penche, la pratique du sexe et de la religion possèdent des points communs étonnants.

Sexe et religion : des pratiques encadrées par des rituels

C’est un fait : les activités et les relations humaines se fondent sur des règles et rituels, qu’ils soient implicites ou non. Bien qu’il n’y ait pas de définition unanime qui puisse s’appliquer à toutes les religions du monde, la plupart d’entre elles s’accordent pour affirmer que les rituels observés dans le cadre du culte sont un des éléments primordiaux de la religion. Ainsi, le terme coranique dîn, qui renvoie à la religion, désigne les prescriptions de Dieu qui s’appliquent aux croyants[1]. De son côté, Cicéron, l’orateur et écrivain latin, a défini la religion comme « le fait de s’occuper d’une nature supérieure que l’on appelle divine et de lui rendre un culte »[2]. C’est cette définition que nous garderons en mémoire lorsque nous parlerons de religion dans cet article.

Dans la liturgie romaine, les fêtes religieuses étaient célébrées par l’ensemble des citoyens car le respect du culte était un devoir civique. Ces fêtes se déroulaient selon des rituels transmis de génération en génération. Le respect du rituel et son immuabilité assuraient son efficacité.[3]

Toutes les grandes religions monothéistes encore en activité de nos jours possèdent des célébrations et des rituels qui leur sont propres. Et ces dernières ont également balisé l’activité sexuelle et l’intimité des croyants : pensez au mariage mais également à ces rituels qui entouraient les fiançailles, les noces ou le dépucelage de la mariée. Le coït lui-même a fait l’objet de rituels et de prescriptions : ces dernières sont passées à la postérité grâce à des documents historiques.

Les bibles du sexe

Tout comme chaque monothéisme possède son ou ses livres de références, des livres prescriptifs s’inspirant de ces modèles religieux servaient à baliser l’acte sexuel sur tous les continents du monde. Le Kâma-Sûtra est évidemment la plus connue de ces « bibles du sexe ».

On résume souvent le Kâma-Sûtra aux soixante-quatre positions sexuelles détaillées dans l’une des sections de l’ouvrage. Cependant, ce guide antique s’intéresse de manière plus vaste à l’ensemble de la vie privée des époux. Le Kâma-Sûtra est destiné à éduquer les classes sociales les plus élevées de la société. Dans la mentalité de l’époque, la sexualité relève aussi bien de la vie quotidienne que de la spiritualité.

Des ouvrages similaires ont été retrouvés aux quatre coins du Globe. Le Moyen-Orient et la Chine ont leur propre Kâma-Sûtra. Saviez-vous qu’en Europe, nous possédons Le Miroir du Foutre ? Il s’agit d’un manuscrit anonyme publié par un médecin catalan au quatorzième siècle. Tout un programme en somme !

De multiples influence entre sexe et religion ?

Même si de nos jours le mariage religieux (tout comme le mariage tout court), n’est plus un pré-requis, le mariage a longtemps été le moyen utilisé pour officialiser l’union de deux individus aux yeux de la communauté et de la divinité. Le mariage règlementait et permettait de sanctifier une union charnelle entre un homme et une femme.

Dans le vocabulaire, il n’est ainsi pas rare de trouver des analogies ou des termes communs qui renvoient à la religion mais également aux relations charnelles entre hommes et femmes. Ainsi, le mariage est un sacrement (sacramentum). Ce terme est emprunté à Saint Paul et désigne originellement le mariage du Christ et de l’Église. De même, ne parlons-nous pas de la passion du Christ pour évoquer les étapes qui précèdent la mort de Jésus sur la croix ?

Le sexe et la religion peuvent mener à des états de transe

Même si de prime abord certains textes religieux font de la chasteté un pré-requis essentiel pour atteindre la transcendance ou un état de plénitude, de sagesse ou d’illumination divine, d’autres religions admettent que la pratique du sexe peut amener à des états de transes identiques. Cela est particulièrement vrai pour les religions asiatiques.

Dans la religion taoïste, la sexualité féminine correspond à une énergie qui se renouvelle sans cesse. L’homme, quant à lui, perd de son énergie vitale en éjaculant. De ce fait, pour conserver sa vigueur, l’homme apprend à se retenir et à ainsi imiter la femme. Il existe des techniques pour jouir sans éjaculer (en pinçant un point du périnée et en bloquant les canaux spermatiques lors des premières contractions de l’orgasme). L’homme peut alors connaitre comme la femme plusieurs orgasmes à la suite les uns des autres.

Le tantra, quant à lui, est une pratique sexuelle et religieuse qui ancre la sexualité dans le moment présent. Grâce à un tempo lent, à la pratique de la respiration abdominale et la recherche de la sensation, l’acte sexuel devient un moment de méditation pendant lequel les deux partenaires lâchent prise. Les experts tantriques parviennent à entrer dans un état méditatif similaire à celui des sages ou des moines pendant l’acte, le même état qu’on atteint grâce à la prière, l’ascèse ou en récitant des mantras.

Ces moments de transcendance sont décrits dans des termes similaires. Ainsi, bien que le moyen pour parvenir à ces états de transes soit différent, le résultat semble peu ou prou le même ou du moins prêter à confusion pour un esprit humain. En guise d’exemple, vous connaissez peut-être cette célèbre sculpture en marbre représentant Sainte Thérèse en pâmoison devant un ange. La sainte espagnole Thérèse d’Avila est célèbre pour ses visions, elle affirmait voir et entendre le christ lui parler. L’œuvre qui la représente et est exposée à l’Eglise Santa Maria Della Vittoria de Rome porte ainsi le titre évocateur de L’Extase de sainte Thérèse. Bien des commentateurs ont souligné l’aspect problématique de la statue. La Sainte tourne son visage vers l’ange qui la foudroie. Elle a les paupières closes et la bouche entrouverte, figée comme au bord de l’orgasme.

Conclusion

L’idée d’une opposition franche entre sexe et religion semble évidente pour les personnes nées ou ayant grandi dans un environnement chrétien, musulman ou judaïque mais va moins de soi dans les religions orientales. L’opposition commune entre sexe et religion tient davantage d’une préconception que de la réalité stricto sensu : d’ailleurs, par jeu ou par volonté de transgression, les rapprochements entre les deux univers sont fréquents et les limites de ces derniers volontairement floues. En effet, au gré de l’histoire et des cultures, la sexualité a été étudiée, décortiquée, règlementée avec un zèle presque… religieux.


[1] Voir à ce sujet : Mohammad Ali Amir-Moezzi (dir.), Dictionnaire du Coran, Robert Laffont, coll. « Bouquin », Paris, 2007, (ISBN 978-2-221-09956-8), article « Religion », p. 740-741.

[2] Voir à ce sujet : CicéronDe l’invention oratoire, II, 53.

[3] Voir à ce sujet : Fustel de Coulanges, La cité antique, Livre III : La Cité.

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Cléomène Muceignet

Derrière ce nom se cache une entrepreneure francilienne mais surtout une femme profondément et amoureusement fétichiste. Cléomène Muceignet explore les rivages des sexualités défendues depuis maintenant une dizaine d'années. Elle écrit également des nouvelles érotiques et pornographiques qu'elle diffuse au format ebook.

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