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La douleur, un prérequis dans le sexe BDSM sadomasochiste ?

La douleur, un prérequis dans le sexe BDSM sadomasochiste ?

Etre sadomasochiste est-il une obligation dans le sexe BDSM ?

Les pratiques sexuelles de nature BDSM, aussi appelées « sadomasochistes », ont gagné en visibilité depuis la parution d’un livre-font-je-tairais-le-nom il y a une dizaine d’années. Le BDSM n’a cependant pas attendu le fameux livre pour exister, il est aussi vieux que le monde ! Par exemple, il est de notoriété commune que les romains adoraient la flagellation érotique. Les coups de fouet au niveau des reins étaient réputés pour leur caractère stimulant, d’où l’expression coup de sang, car le sang afflue à l’endroit de la morsure du cuir. Les coups de fouet ou de martinet permettaient de raviver la libido et l’ardeur d’un homme un peu fatigué. Si vous aussi vous ne connaissez pas bien le sexe sadomasochiste, vous devez avoir en tête des images de personnes suppliciées et d’esclaves souffrant le martyr avec délice. Mais la sexualité BDSM inclut-elle forcément le masochisme, c’est-à-dire le plaisir découlant de la douleur ? En d’autres termes : faut-il être maso pour aimer pratiquer le sexe BDSM ?

À l’origine était le sadomasochisme, cette perversion sexuelle

La sexualité sadomasochiste a toujours existé comme en témoigne l’anecdote historique donnée en introduction. De manière générale, dans bien des cultures, la femme est considérée comme la subordonnée de l’homme voire comme son inférieure. Une femme doit donc accepter des rapports sexuels même si elle n’en a pas envie. Le couple se fonde donc sur une dynamique hiérarchique qu’on retrouve également à la base des rapports BDSM.

Ce n’est qu’au XIXe siècle qu’on a commencé à s’intéresser à la sexualité humaine. Sous l’impulsion de la psychiatrie et de la psychanalyse naissante, les médecins et thérapeutes ont tenté d’étiqueter les penchants sexuels de leurs patients. On appelait alors sadomasochisme la sexualité qu’on désigne aujourd’hui sous l’acronyme BDSM. Pour comprendre ces termes et leur évolution, je dois m’attarder un moment sur leur histoire.

C’est le psychiatre Richard von Krafft-Ebing qui donne le premier le nom de « sadomasochiste » à ce type de sexualité. Il le mentionne dans son ouvrage traitant des perversions sexuelles Psychopathia Sexualis publié en 1886. Vous le devinez, le BDSM n’avait alors pas bonne presse. La pratique était vue comme une déviance, une perversion. Bref, une anomalie à soigner.

La littérature à l’origine de la sexualité sadomasochiste

Les mots sadomasochistes et sadomasochismes, le Docteur Richard von Krafft-Ebing ne les a pas inventés de toute pièce. Il les tire de deux auteurs aux œuvres érotiques et pornographiques réputées pour mettre en scène ces perversions : Le marquis de Sade d’une part et Leopold von Sacher Masoch d’autre part.

Les écrits de Sade sont célèbres pour les scènes de débauche qui jonchent ses pages. On trouve, pour ainsi dire, tous les travers humains et toutes les perversions dans les écrits de Sade. Cependant, ce qui marque, c’est la cruauté qui est mise en avant et revendiquée par l’auteur. L’homme est cruel par nature : il cherche à dominer, martyriser et briser l’autre, et notamment la femme. Les femmes, quant à elles, sont vues comme soumises par nature. L’humiliation fait partie du jeu. Elles en raffolent et aiment se livrer à la folie perverse de leurs pairs.

Leopold von Sacher Masoch est connu quant à lui pour La Vénus à la fourrure. Dans ce récit érotique qui se veut faussement autobiographique (le récit est sous-titré « confession d’un supra-sensuel »), le personnage, Severin, tombe amoureux d’une veuve au cours de ses vacances. Cette dernière est une femme d’une trentaine d’année, une rousse hautaine et froide comme la glace qui se nomme Wanda. Severin est charmé par ses bottes et surtout les belles fourrures qu’elle porte. Severin est un supra-sensuel, un mot inusité pour tenter d’expliquer que sa sexualité passe par sa tête. Il est excité par les fourrures et par l’attitude de Wanda. On dirait aujourd’hui que Severin est très fétichiste, porté sur la soumission, et masochiste ! Severin a également un fort penchant pour les badines et autres jeux d’impact. En clair, Severin est un sadomasochiste pur et dur car il aime souffrir dans le corps et dans la tête.

La contraction de sadisme et de masochisme (venant des noms Sade et Masoch) donne sadomasochisme. Ce mot reflète les deux versants du SM initial, c’est-à-dire aimer faire souffrir et souffrir.

De la douleur à une vision plus large du sexe sadomasochiste

Initialement, la sexualité sadomasochiste tournait donc autour des jeux de douleur érotique : douleur infligée mais aussi douleur reçue. L’humiliation était également perçue comme un versant du masochisme. Dans l’œuvre de Masoch, Severin apprécie que Wanda le fasse souffrir physiquement, qu’elle le punisse et le châtie, mais également qu’elle l’humilie. Elle peut donc aller voir d’autres hommes ce qui fait souffrir (mais plaît à) Severin. L’humiliation est le pendant psychologique du masochisme traditionnel.

Pourtant, aujourd’hui, le terme générique de sadomaso a été remplacé par BDSM. Pourquoi ?

Tout simplement parce que sadomaso (SM) se concentrait trop sur la douleur et excluait tout un versant du BDSM qui existait néanmoins. Le terme était donc imprécis.

La douleur est une possibilité, mais pas la seule.

En réalité, la douleur est une possibilité, mais pas la seule. Nous y venons.

Le BDSM : une sexualité plurielle et plus vaste que le seul SM

C’est un fait : l’acronyme BDSM contient SM. SM renvoie à sadomasochisme. Il désigne les jeux de douleur érotique comme à l’origine. Cependant, par souci de précision, on a adjoint deux lettres qui sont le B et le D.

J’ai écrit un article plus détaillé sur la question. En synthèse : le B de BDSM renvoie aux jeux de restriction physique, psychique et d’encordage qu’on appelle en anglais bondage. Le D, quant à lui, désigne la domination, c’est-à-dire les pratiques qui consistent à donner des ordres ou à obéir à l’autre. Ici, l’aspect hiérarchique dans les pratiques sexuelles et la perte de contrôle sont ce qui motive le dominé à se soumettre au dominant. Cela n’a, au départ, aucun rapport avec une quelconque souffrance.

En remplaçant sadomasochiste, le sigle BDSM remplace également une conception datée du BDSM qui n’était vue ou imaginée que par le prisme de la douleur. Cette vision trop simpliste de la sexualité BDSM ne comprenait pas des éléments qui, pourtant, sont fondamentaux, à savoir :

Découvrir

  • Le bondage, jeux de cordes, shibari et autres écoles, pratiques et jeux de restriction physique ;
  • L’aspect hiérarchique des relations D/s, c’est-à-dire le plaisir à obéir ou se faire obéir, sans connotation physique. L’obéissance, les rituels et les ordres sont à la base des relations entre soumis et dominants ;
  • Le fétichisme qui se colore tantôt de SM, tantôt de domination et soumission selon les pratiquants.

La douleur n’est donc pas une étape obligatoire des pratiques BDSM. On peut ainsi être une personne avec une sexualité BDSM sans être ni masochiste ni sadique ! On peut donc pratiquer le sexe BDSM sans être sadomasochiste.

Une soumise ne sera pas moins légitime dans son rôle si elle refuse de se faire pincer les tétons, frapper le postérieur ou si elle refuse les jeux d’aiguilles. Il en irait de même d’un homme dominant qui refuserait de violenter ou d’humilier sa partenaire. Un homme soumis fétichiste urophile est-il moins légitime que son comparse qui aime, inlassablement, se faire frapper le derrière ?

La réponse est sans appel : Non ! Ils sont tous du même côté de la barrière.

L’essence du BDSM n’est pas dans les pratiques sadomasochistes mais dans l’état d’esprit des joueurs

Il y a autant de mélanges et de façons de pratiquer le BDSM que de pratiquants. Ainsi, certains aimeront uniquement les jeux de douleurs, ou jeux SM, tandis que d’autres n’aimeront que l’obéissance dans le cadre de leurs relations sexuelles.

Il est possible d’aimer mélanger ces différentes tendances ou de n’apprécier que l’une ou l’autre. Il n’y a aucun pré requis, simplement des individus aux goûts uniques. De même, nos envies et fantasmes varient au cours de la vie. Il est donc tout à fait possible d’avoir une brève période SM mais, par la suite, de préférer le bondage ou de revenir à une sexualité classique.

Alors, la prochaine fois que, dans un film, vous verrez le parfait petit sadomaso en complet latex, les fesses à l’air, suspendu à une croix, en train de bramer tout en se faisant fouetter, le contenu de cet article vous reviendra en mémoire. Vous saurez que cette représentation n’est qu’un stéréotype. La réalité est plus subtile et intéressante que ça.

Je suis également obligée de vous faire une dernière confession : tous les pratiquants SM n’ont pas de croix de Saint-André chez eux !

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☄️ Les sexualités sont un cosmos 💫